Par-delà les discours, Le Caire cherche à consolider sa place dans un monde fragmenté.
Davos, une scène diplomatique autant qu’économique
La participation du président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi au Forum économique mondial de Davos, qui se tient du 19 au 23 janvier 2026 sous le thème « L’esprit du dialogue », intervient dans un contexte international marqué par une recomposition accélérée des équilibres économiques et géopolitiques. Pour l’Égypte, ce rendez-vous annuel ne se limite pas à une vitrine diplomatique : il s’inscrit dans une tentative plus large de repositionnement stratégique, à la fois politique et économique.
Au cœur de l’agenda présidentiel figure notamment une rencontre avec le président américain Donald Trump, annoncée comme un échange sur les dossiers régionaux et internationaux d’intérêt commun. Ce tête-à-tête symbolise la volonté du Caire de préserver un canal direct avec Washington, alors que le Moyen-Orient reste traversé par des tensions persistantes et que les alliances traditionnelles sont soumises à de fortes pressions.
Une narration économique tournée vers la reprise
Davos est aussi, pour l’Égypte, une scène économique. La délégation officielle entend y défendre une lecture optimiste de la trajectoire macroéconomique du pays, appuyée par les indicateurs présentés par la ministre de la Planification, du Développement économique et de la Coopération internationale, Rania Al-Mashat.

Selon les chiffres communiqués, la croissance a atteint 5,3 % au premier trimestre de l’année budgétaire 2025-2026, un niveau supérieur aux prévisions, porté par le redressement du secteur industriel, la reprise du tourisme et la dynamique des technologies de l’information.
Ces performances sont intégrées dans ce que le gouvernement qualifie de « narrative nationale du développement global », un cadre stratégique censé dépasser la seule gestion de crise pour inscrire l’économie égyptienne dans un cycle de croissance durable. L’accent est mis sur la diversification des moteurs de croissance, la montée en puissance des exportations et l’investissement dans le capital humain, après une décennie marquée par de lourds investissements dans les infrastructures.
Le canal de Suez, baromètre de la stabilité régionale
La réouverture progressive des routes maritimes via le canal de Suez constitue, à cet égard, un signal scruté de près. Après deux années de contribution négative, la voie d’eau stratégique a de nouveau pesé positivement sur la croissance. Le retour des grandes compagnies maritimes est présenté comme un facteur non seulement de recettes nationales, mais aussi de stabilisation des chaînes d’approvisionnement mondiales, dans un contexte de pressions inflationnistes persistantes.
Pour les autorités égyptiennes, la normalisation de la navigation dans le canal dépasse la seule dimension nationale : elle est érigée en indicateur de stabilité régionale et de résilience du commerce mondial.
Le pari du secteur privé et des réformes structurelles
Autre pilier du discours égyptien à Davos : le rôle du secteur privé. Le gouvernement affiche l’objectif de porter sa part dans l’investissement total à plus de 70 % d’ici à 2030, contre environ 65 % aujourd’hui. Cette ambition repose sur une gouvernance plus stricte des investissements publics et sur des réformes ciblant les secteurs dits « échangeables », de l’industrie manufacturière à l’énergie, en passant par l’agriculture et le numérique.
Pour la première fois, les autorités ont également rendu publique une feuille de route détaillée du programme national de réformes structurelles, assortie d’échéances et d’indicateurs de performance. Un effort de transparence destiné à rassurer les investisseurs, dans un pays où la crédibilité et la continuité des réformes restent des enjeux centraux.
La question sociale en ligne de mire
Reste que, derrière les indicateurs et les ambitions affichées, la question de l’impact social demeure cruciale. Le gouvernement affirme placer le citoyen au cœur de sa stratégie, en reliant stabilité macroéconomique, réformes structurelles et amélioration de la qualité de vie. L’enjeu, pour l’Égypte, sera de traduire cette cohérence théorique en résultats tangibles, notamment en matière d’emploi, de pouvoir d’achat et d’accès aux services publics.
Une quête de reconnaissance internationale
À Davos, Le Caire ne se contente donc pas de chercher des capitaux ou des alliances. Il tente de faire reconnaître une trajectoire : celle d’un État qui revendique la stabilité comme préalable, le dialogue comme méthode, et la croissance comme horizon. Une équation encore fragile, mais que l’Égypte entend désormais inscrire dans le langage de la gouvernance mondiale.