Le testament de Mahdi Akef
Nous poursuivons l’analyse du rapport que Mahdi Akef a présenté au bureau de la Guidance des Frères musulmans en Égypte, après son retour des États-Unis, portant sur la perception de la clandestinité et de la légalité au sein de la communauté des Frères musulmans aux États-Unis.
2. La vision de la direction
Mahdi Akef présente la vision des leaders des Frères aux États-Unis sur l’utilité de la clandestinité et de la légalité dans le travail du groupe. Il le fait dans une note intitulée « Portrait de la situation en Amérique selon la réalité ».
1. Les préoccupations générales
Le débat sur la légalité et la clandestinité occupe toutes les discussions, de la base jusqu’au sommet de la hiérarchie. Même les membres ayant un rôle limité dans l’organisation s’en préoccupent.
Malgré les efforts d’Akef pour calmer le débat et rappeler l’unité et la discipline, le sujet revient sans cesse dans les rencontres.
2. La majorité des Frères rejette la légalité
Plusieurs raisons sont avancées pour s’opposer à un passage à l’action en toute légalité :
La majorité des membres sont des étudiants, souvent de passage, et leur affiliation ouverte aux Frères serait risquée pour eux.
L’annonce publique ne profiterait à la mission que si elle se faisait sous le nom officiel « Frères musulmans », ce que les partisans de la légalité refusent.
La légalité provoquerait l’attention et la surveillance des autorités locales, pouvant nuire au groupe.
Le contrôle des institutions islamiques locales (comme l’ICNA, la Muslim Arab Youth Association, ou les fondations religieuses) pourrait se perdre si un nouvel organisme distinct des Frères était créé.
Puisque le nouvel organisme ne porterait pas le nom des Frères musulmans, il serait inutile : l’influence des Frères sur les institutions existantes est déjà forte.
3. Points de vue des leaders américains
Akef a interrogé plusieurs responsables :
Hani Saqr – Président du Conseil consultatif aux États-Unis.
Moussa Abu Marzouk – Membre du bureau politique du Hamas, responsable des Frères aux États-Unis.
Ahmed Al-Qadi Jabri – Responsable de l’éducation au sein de la branche américaine.
Hussein Ibrahim – Membre du conseil consultatif.
Suleiman Al-Bahiri – Conseiller consultatif respecté.
a) Hani Saqr
La légalité présente de nombreux risques, comme mentionné ci-dessus.
Si la légalité devait être adoptée, le nom Frères musulmans devrait être affiché pour affirmer l’identité et la loyauté, malgré les risques.
Il exprime une méfiance totale envers le Global Islamic Thought Institute (Institut mondial de la pensée islamique), dont il considère les partisans comme une influence extérieure qui pourrait nuire aux Frères.
b) Moussa Abu Marzouk
Refuse également la légalité.
Considère que le groupe à l’origine de cette idée (issu de l’Institut) ne représente pas les Frères installés aux États-Unis.
Alerte sur la possibilité d’une infiltration de l’Institut dans les centres de décision, et des liens potentiels avec l’Arabie saoudite.
Critique le Dr Ahmed Al-Qadi pour avoir exposé le problème en dehors des États-Unis.
c) Ahmed Al-Qadi Jabri
Propose une légalisation partielle, limitée aux settlers (membres installés durablement), excluant les immigrants temporaires.
Déclare que les formations actuelles sont dominées par des membres venus de l’étranger et ne représentent pas correctement le groupe.
Souligne que les décisions des congrès ou du conseil consultatif ne reflètent pas la réalité locale.
Propose la création d’une section spécialisée pour les settlers, avec :
Une adhésion uniquement pour les membres installés et authentifiés.
L’usage exclusif de l’anglais.
Une autonomie complète dans la prise de décision, la planification, le recrutement et l’organisation, sous approbation de la direction centrale.
Il affirme que peu de membres actuels sont capables de diriger les institutions publiques comme l’ICNA.
Il craint cependant que sa proposition soit rejetée par les autres branches, qu’il qualifie de structure « ethnique » plutôt que « missionnaire ».
Akef conclut que la base ne respecte plus l’autorité locale et que seule une décision de la direction supérieure pourra imposer l’orientation souhaitée.
La suite de ce rapport sera publiée demain.
Paris- 17heures, heure du Caire.
Editos
Les États-Uni et les Frères musulmans (7)