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Politique - Société

Après la tournée d’Emmanuel Macron sur le continent africain, les modalités d’une nécessaire rénovation de nos relations demeurent à inventer !

Le Dialogue

Le président français Emmanuel Macron (à gauche) rencontre le président gabonais Ali Bongo Ondimba (à droite) pour une réunion bilatérale au palais présidentiel de Libreville, le 1er mars 2023.
Le président français Emmanuel Macron est arrivé à Libreville le 1er mars 2023, pour une tournée de quatre jours en Afrique centrale, destinée à inaugurer une nouvelle ère dans les relations entre la France et le continent où le ressentiment anti-français grandit. (Photo Ludovic MARIN / AFP)

Emmanuel Macron a terminé sa tournée en Afrique il y a un peu plus d’une semaine. Au cours de son déplacement au Gabon, il a en particulier déclaré que l’ère de la « Françafrique » était « révolue » et que la France est désormais un « interlocuteur neutre ».

Le Président français a en outre précisé - lors de sa visite à Libreville - que la réduction de la présence militaire française ne constituait « ni un retrait, ni un désengagement ». Emmanuel Macron a appelé à « adapter ce dispositif » en tenant compte de l’évolution des « besoins » des pays africains partenaires et en offrant plus de « coopération et de formation ». Cette adaptation implique notamment le réaménagement des bases françaises de Libreville, Abidjan et Dakar par « la présence de davantage de militaires régionaux sur nos bases et donc de partager, de cogérer ces bases ».

L’objectif de cette tournée était manifestement de tenter d’insuffler, auprès des dirigeants comme des peuples africains, le goût pour le renouvellement d’un partenariat avec la France. En effet, l’image de la France, ancienne puissance coloniale, a été bien mise à mal au cours de ces dernières années. Les manœuvres et l’action déstabilisatrice - menées en sous-main par les nouveaux partenaires privilégiés d’une partie du continent africain comme la Russie (qui n’hésite pas à envoyer son groupe privé de mercenaires « Wagner » - pour servir de garde prétorienne des dirigeants qui lui font allégeance) ou encore la Turquie à travers ses réseaux islamistes - ont été un facteur majeur de dégradation de l’image de la France.

Pour autant, comment ne pas s’interroger plus avant ? Les réponses apportées par le Président français ont-elles été suffisantes et à la hauteur des véritables enjeux géopolitiques majeurs que les relations avec le continent africain comportent ?

Comment ne pas se poser la question à ce stade de la définition des modalités nécessaires d’un nouveau partenariat avec l’Afrique ?

L’Afrique compte environ 1,3 milliard d’habitants. Selon les prévisions de l’ONU, l’évolution démographique africaine sera de plus de 90% : le continent devrait compter environ 2,5 milliards d’habitants à l’horizon 2050 et l’ONU prévoit également qu’il comptera plus de 4 milliards d’habitants en 2100. 

Tout l’enjeu de cette projection, pour nous nations européennes riveraines de la méditerranée, est de s’assurer que cette croissance démographique, sans précédent, soit accompagnée d’une croissance économique à caractère durable, supérieure, afin qu’elle soit inclusive (en entraînant une élévation du niveau de vie des populations) sans entraîner une aggravation de la crise écologique. 

Pouvons-nous nous désintéresser de cette situation plus longtemps ?

Et pourtant, nous pourrions proposer des solutions politiques qui seraient à la fois ambitieuses, fortes et innovantes, et sur la base desquelles nous serions légitimes à refonder nos relations privilégiées avec les pays africains.

Une contractualisation de nos relations avec les pays africains, dans le cadre d’un nouveau Plan Marshall dédié à l’Afrique, serait en particulier une proposition politique de premier ordre - extrêmement puissante et attractive - que nous pourrions faire avec l’aide et l’appui de nos institutions financière européennes.

Un tel plan Marshall pour l’Afrique aurait vocation à faciliter le financement de la construction et de l’exploitation des infrastructures nécessaires au développement durable et inclusif des pays africains. A cet égard, on pourrait imaginer la mise en œuvre de partenariats public/privé spécifiques, dont les investissements seraient en partie refinancés par la Banque Européenne d’Investissements et ses fonds d’investissements dédiés. Ce changement d’approche – par rapport à une pure coopération interétatique - devrait nous permettre de refonder des relations assainies avec les pays d’Afrique et de la méditerranée. 

En effet, c’est bien en rabattant les cartes et en remettant tout à plat que nous pourrons négocier de véritables partenariats « gagnant/gagnant » avec les pays africains. Cela devrait aussi nous permettre d’être en position de mieux renégocier l’indispensable coopération étroite de ces Etats aux fins de mieux contrôler (dans le pays de départ) une immigration incontrôlée ainsi que faciliter le renvoi des étrangers en situation irrégulière sur notre territoire - par l’obtention automatique de sauf-conduits de retour dans les pays d’origine.

La désespérance matérielle et morale des peuples fait toujours le lit des extrémismes fondamentalistes les plus sectaires. La promesse du djihadisme serait celle de conduire par le sacrifice de soi - mais aussi de celui d’autres que soi - à un monde prétendument meilleur. 

Si nous voulons lutter efficacement contre ce fléau, il faudrait sans nul doute engager plus avant, avec d’autres partenaires européens, les moyens militaires adéquats, aux côtés des forces des pays menacés.

Mais il conviendrait aussi de traiter le mal à la racine par le développement d’une politique intercontinentale ambitieuse qui pourra redonner de l’espérance à tous les désespérés.

Un nouveau Plan Marshall qui serait dédié à faciliter le financement des infrastructures nécessaires à une accélération substantielle du développement durable et inclusif de l’Afrique est absolument indispensable. C’est la seule solution pérenne à entrevoir si nous voulons que les États africains rattrapent leur retard économique, tout en préservant la planète, et que leurs habitants de manière générale puissent bénéficier d’un niveau de vie plus acceptable. 

Au demeurant, la croissance et l'emploi que générerait en Afrique et au sud de la Méditerranée, comme en Europe le bénéfice d’un tel nouveau plan Marshall, devraient en en tout état de cause également profiter aux entreprises et aux citoyens, qui ne seraient de ce fait plus condamnés à l’immigration.

Une vision stratégique et une analyse géopolitique objective devrait tout naturellement conduire la France, l’Italie, l’Espagne et la Grèce à renforcer leurs coopérations politiques spécifiques s’agissant des enjeux majeurs qui nous sont communs. Pour cela, l’Afrique et les autres pays du sud de la méditerranée doivent devenir notre priorité.

Il paraît en effet nécessaire que nous retrouvions un niveau de convergence géopolitique suffisant avec les partenaires qui nous sont véritablement les plus proches, afin de pouvoir mettre en œuvre, dans le cadre d’un noyau dur de nations associées au sein de l’Union européenne, une politique ambitieuse de coopérations étroites renforcées.

Une telle politique ambitieuse devra bien évidemment passer par une diplomatie étroitement concertée et par une politique de « Défense » de plus en plus intégrée. 

L’Allemagne a fait le choix exprès d’investir massivement dans l’acquisition d’armements américains plutôt que de se lancer – notamment avec la France et avec d’autres pays européens - dans une coopération industrielle européenne à caractère substantiel - ce qui aurait été massivement possible au-delà d’un avion de combat. Dont acte !

L’origine de la création du think tank Nova Roma est celle du constat qu’une vision géopolitique pragmatique et pertinente devrait tout naturellement conduire la France, l’Italie, l’Espagne et la Grèce à renforcer leurs coopérations politiques spécifiques s’agissant des enjeux géopolitiques méditerranéens qui nous sont communs. Les nations euro-méditerranéennes devraient trouver un intérêt évident à porter conjointement, au sein de l’Union Européenne, l’idée d’un nouveau Plan Marshall destiné à faciliter le financement des infrastructures nécessaires au développement et à la transition énergétique du continent africain et du sud de la méditerranée.

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