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Monde

Les Frères musulmans et le 30 juin 2013

Le Dialogue

Shadi  Hamid a rédigé,  le  2 juillet courant,  dans le périodique  de  politique étrangère « Foreign  Policy » un  article intitulé «leçons tirés  pour le  prochain  printemps arabe -  dix ans après le  coup d’Etat  égyptien-  Washington doit  savoir  que  la stabilité  autoritaire  n’est qu’une  illlusion». Né en  1983, dans l’Etat américain de Pennsylvanie, d’une famille égyptienne musulmane qui a choisi d’y  immigrer  avec d’autres Frères musulmans ayant  quitté l’Egypte  dans les années soixante  du siècle dernier via le  Canada  dans un  premier temps  puis à destination des Etats Unis. Au  terme de plusieurs formations,  Il  travaille actuellement  en études islamiques  au « Brookings institution »  de même qu’il est professeur-chercheur en études islamiques au «Fuller Seminary». C’est la première du  genre qu'un érudit musulman y soit embauché. Toutes ses recherches  charrie le message  des Frères musulmans au  monde occidental  et  surtout les Etats Unis qui portent  un grand  intérêt à  leur histoire moderne. Selon  son  point de vue, tous les pays arabes  sont gouvernés par des régimes autoritaires et il  est impératif que les Etats Unis  œuvrent  à y  réaliser  la démocratie pour avoir la stabilité  et  combattre la violence et le terrorisme. Et, c’est  le groupe des Frères musulmans, qui  exprime  l’islam « modéré » et  « libéral », qui est le candidat à l’accomplissement de cette mission « démocratique ». Dans ce dernier article, le pigiste met l’accent sur la manipulation  américaine des événements en  lien avec la révolution égyptienne du 30 juin 2013  qui, selon son  point de vue, se sont rangés  du côté  des  forces armées égyptiennes  dans une tentative  de retrouver une  fausse  stabilisation qui ne   saura pas tenir le coup autant que celle du  25  janvier 2011 secrétée  par   le premier «printemps arabe». Hamid pense que  l’administration  américaine aurait dû,  en usant de l’arme des dons et de l’armement  fournis  à l’Egypte, empêcher l’armée  égyptienne de renverser  le président  élu Mohammed Morsi, et rétablir  ainsi la dictature  qui  bannit les libertés  publiques,  le mouvement  des Frères   musulmans et  le  soi-disant «massacre de la place Rabia-El-Adaouïa». Cet article de  Hamid et ses précédents tournent autour d’un grand nombre de sophismes et d’erreurs de jugement- qui  se rapprocheraient  des pêchés- qui  travestissent les faits  qui  se sont produits en  Egypte.   Ils tournent  autour de  l’idée  du « coup  d’Etat »  versus celle   de  « la démocratie »  des Frères musulmans  quel que soit sa réalité fasciste. 

Le premier pêché en  date est celui  de l’usurpation  par le récit de Hamid  de l’idée de la « volonté populaire » du  paysage  égyptien de l’époque. Et,  il  va de soi  que les conceptions  collectives sont  difficiles à  être traduites sur le plan  pratique. Les jeunes égyptiens ont  réussi à   mettre le concept  à l’épreuve en  assurant une collecte de signatures   au  sujet de la nécessité  de  procéder à  des élections  anticipées. Du  28  avril au  28 juin  2013, leur nombre dépassait les 22 millions.  Cette  idée de  récolter  des signatures remonte à la révolution  de 1919 lorsque le peuple égyptien  a recouru  au même procédé pour déléguer le parti « Wafd » dirigé par Saad  Zaghloul  en  vue de négocier avec la  grande  Bretagne son  retrait de  l’Egypte et son  indépendance. 

Ce  premier pêché en a généré un  deuxième,  celui de causer l’échec des manifestations du 30  juin  qui ont valu plus de trente millions d’analyses, de commentaires et de  politiques américaines. Honorant leurs engagements,  les signataires sont descendus dans les rues et les places  réclamant les mêmes revendications,  objet  de leurs signatures.

 Les sujets du déni  ont commis  le troisième pêché,  celui de méconnaître le fait que ces milliers de personnes se sont  amassées jusqu’au 3 juillet pour descendre encore  une fois dans les rues  et former, le 26  juillet, cette marée humaine impressionnante  à la demande  du général Abdel Fattah  El Sissi  afin  de le déléguer dans la lutte  contre le terrorisme. 

Ces trois transgressions qui  se concrétisaient à  travers les articles de Hamid, la pensée  américaine et occidentale, en  général, au  sujet de  l’état des lieux en  Egypte, excluaient la position de la foule égyptienne  et sa volonté  cherchant par-là  à escamoter  le fait que le peuple est la source  de tous les pouvoirs  et voulant lui substituer la simple « mécanique » de la démocratie  qui  n’en est qu’une simulation représentée par les urnes. Une dénégation  qui  refusait que les dépositaires du  droit le récupèrent,   à  ce moment rare de  l’histoire où nous trouvons les peuples prendre  leur  destin en  main et agir directement de peur   de cet instant où  des signes avant-coureurs  s’amoncellent à l’horizon pour dire que ce qui  s’est  passé- représentation  et élection-  ne se reproduira plus  jamais. La preuve  en  est cette loi  des élections préparée par les Frères musulmans et rejetée par la Haute Cour Constitutionnelle  qui prévoyait simplement que seuls les Frères musulmans remporteront les élections. 

Cette série de péchés en  comptait d’autres. Le  quatrième s’est produit lorsque  le changement  a été pillé  en  Egypte toute entière  pour  être  mis sous l’intitulé  de « coup  d’Etat ».  L’hypocrisie a caractérisé le récit  donné par les Frères musulmans lorsqu’aucune comparaison n’a été  établie entre les incidents de juillet  2013 et ceux de janvier 2011 lorsque les forces armées sont  intervenues pour  répondre à la volonté populaire  de renversement  de l’ancien président Hosni  Moubarak.  L’apôtre du  groupe des Frères musulmans a passé sous silence  le fait   que les forces armées égyptiennes n’ont pas répondu  à l’appel  d’intervention qu’au  terme de trois jours de révolution populaire. Et,  au cours de  ce laps de temps, le président de la république avait absolument le droit  de répondre positivement aux vœu  de la foule de  déclarer  l’organisation  d’élections anticipées. C’est pourquoi la cinquième erreur  de jugement s’est avérée  logique lorsque le journaliste-  tout le long de ses articles, a gardé le grand silence au  sujet de la proposition,  soumise au président  par  l’armée égyptienne,  au  cours du premier et 2 juillet,  de recourir à  un référendum  qui  jaugerait indubitablement  la volonté de la foule. C’est  à  ce moment bien précis que l’armée s’est  trouvé  acculée à  prêter l’oreille à la demande  du  peuple.

Et  cet enchaînement  chronologique  montre que les cinq premiers péchés en ont jeté la base  des  cinq suivants :  le  journaliste était déterminé à  négliger les affaires concernant le groupe des Frères musulmans et leurs groupes alliés islamisés ou  terroristes. Le sixième en  date est de considérer  pacifiques les sit-in, à l’image de ceux qui  se passent dans les pays occidentaux sans aucun recours aux armes  ni  tendances à faire des  boucliers humains des femmes   des enfants, à  inciter à la violence ou à menacer  de mettre  le  feu au pays  ou  aux citoyens. Alors,  que le contraire était devenu une routine quotidienne partout en  Egypte et particulièrement sur les tribunes des deux sit-in de « Rabia-El-Adaouïa»  et «Al-Nahda »et transmis en  direct  à travers toutes les chaînes télévisées. Il  suffisait de  traduire, ,  de l’arabe en anglais,  les menaces carrées  d’embraser l’Egypte qui  étaient brandies  par  les Frères musulmans  pour parler de la démocratie,  du pacifisme et de la légalité. La septième erreur de jugement  a découlé logiquement de  la précédente lorsqu’on  a omis de considérer que les participants à  ce type de manifestation  ne gardaient pas la position  assise comme le veut la définition  du  terme sit-in ;  loin de là  ils se déplaçaient  et  ne restaient pas  immobiles. Et  quoique la propagande  occidentale ait mis intensément  l’accent sur les massacres commis du côté  du « club de la garde  républicaine » et sur la tribune installée sur l’autoroute de Salah Salem,  elle a passé sous silence le fait qu’ils  ont eu  lieu de bon  matin  lorsque des groupes  des auteurs du  sit-in quittaient ces lieux pour exécuter des actes de banditisme  et tentaient de paralyser la vie  dans la grande  métropole du  Caire. D’où la huitième erreur: les sit-in  armés  étaient soutenus  par des éléments  mieux armés, entrainés  et terrifiants qui  sont ces groupes terroristes localisés au Sinaï  et  qui adoptaient une stratégie qui avait  pour clef de  voûte la tentative d’épuiser les forces armées égyptiennes  d’une part et  d’entrainer Israël  dans la bataille égyptienne à  travers des opérations de pilonnage  à l’aide de Hamas qui  provoqueraient une réponse  violente de leur part et, par conséquent , rompre le traité  de  paix entre les deux pays.

Cette réalité des faits  n’a jamais été vue ou entrevue ni par Hamid  ni par  nombre de politiciens  américains. Un  aveuglément d’informations et d’analyses  qui a conduit à  la neuvième erreur de jugement que  l’on pourrait   considérer comme  un péché mortel  qui  se résume dans le fait  d’échouer à reconnaître l’équilibre des forces. Une erreur de calcul  terrifiante. Elle a été amorcée  par un manque  de conscience: ils ne s’avisaient pas de la force et  du  pouvoir de l’Etat  égyptien représenté par le statut « national »  de l’Egypte et le pouvoir de ses institutions à affronter les Frères musulmans qui avaient  sévi  dans l’armée, les institutions sécuritaires  que ce soient la sécurité publique,  les services de renseignement,  la sécurité nationale, les mass-médias,  Al-Azhar, l’Eglise,  etc…pour déclencher la bataille entre l’Etat  représenté par le peuple  et les institutions contre un  groupe  politique  manqué et ses alliés. L’heureuse surprise -divine - parvint à l’Egypte de la part des pays arabes frères- L’Arabie  Saoudite,  les Emirats Arabes Unis et le Koweït-  qui  a rendu vaine la menace des Etats Unis de couper leurs aides. La dixième et dernière erreur de jugement est  consacrée  par la défaillance de  la conscience américaine,  alimentée par  Hamid, qui  n’arrivait pas à  concevoir que le groupe des Frères musulmans n’est plus un concurrent pour diriger l’Egypte :  quiconque  cherche à gouverner un pays doit le sauvegarder ainsi  que ses institutions  et non chercher  à  y mettre le feu,  à les détruire  ou à  les réduire en  cendres. C’est  à  ce moment  bien  précis que l’équation égyptienne a cessé  d’inclure les Frères musulmans  rien que parce qu’ils n’ont pas saisi le sens de gouverner  un Etat. Le gouvernement de l’Egypte par  les Frères musulmans  n’a duré qu’un  an  au  bout duquel  le peuple  égyptien n’en pouvait plus: en  novembre 2012, quelques mois à peine après sa prise de fonction, le président égyptien Mohamed Morsi,  s’affirmant comme  un dictateur  corrompu,  a rédigé une déclaration  constitutionnelle  où  il s’est  monopolisé  tous les pouvoirs    jusqu’à décréter  le siège de la Haute Cour Constitutionnelle,  La Cité  de production médiatique et  même interférer  dans les travaux du  pouvoir judiciaire  pour avoir dévoilé les actes commis par  les Frères musulmans pendant la révolution  de Janvier dont la prise d’assaut des prisons égyptiennes et la collaboration avec le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais  en  vue de libérer les terroristes. A cela s’ajoute une forte pénétration de toutes les institutions égyptiennes  dans le but de les dominer  et les mettre sous la coupe des Frères musulmans qui,  malgré  leur accession  au  pouvoir, ont gardé leur  confrérie clandestine,  leur financement  occulte et leur armement latent. 

En  effet, à partir du  20  juin 2013,  et avant que les forces armées égyptiennes ne demandent à la force publique  de réinstaurer  la stabilité dans le pays  dans une semaine,  l’organisation  a commencé à occuper les places publiques  en guise de préparatifs  à  de  nouveaux affrontements. Et  le sit-in  de la place « Rabia-El-Adaouïa»  a duré 54  jours  dans une tentative de paralyser la vie dans la capitale égyptienne.

En  fait,  la vérité escamotée,  par les articles -  actuel et précédents-  de Shadi  Hamid et ses livres,  est que la date  du 3 juillet ne marque pas  un coup  d’Etat  mais une convergence entre les forces armées et  toutes les forces civiles en  Egypte représentées par  Al-Azhar,  l’Eglise catholique,  le Front du  salut qui  a comporté  tous les groupes et partis politiques,  des représentants  du parti  islamique Alnour,  la femme et les jeunes de Tamarud qui avaient collecté  les signatures citées. Le 30  juin  est la date d’une révolution intégrale au  vrai sens du  terme  qui vise la reconstruction  de l’Egypte. Une idée  qui  n’a jamais effleuré l’esprit des Frères musulmans au  pouvoir.