Le Dialogue

À Davos, l’Égypte cherche à conjuguer attractivité économique et rôle géopolitique stabilisateur

Le Dialogue

Par sa participation à une session de dialogue spéciale du Forum économique mondial de Davos, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi a voulu projeter une image double : celle d’un pays engagé dans une réforme économique profonde, et celle d’un acteur régional incontournable dans un Moyen-Orient en recomposition.

Derrière le langage balisé de la diplomatie multilatérale, le message adressé aux décideurs politiques et économiques réunis en Suisse est clair : l’Égypte entend se positionner comme un pôle de stabilité et d’opportunités, à l’heure où les incertitudes géopolitiques redessinent les flux d’investissements et les priorités internationales.
La tonalité de la séance, introduite par le président du Forum, Børge Brende, souligne cette ambition. En consacrant une session spécifique aux « opportunités d’affaires en Égypte », sous le parrainage du chef de l’État, le Forum confirme la place singulière qu’occupe Le Caire dans les équilibres régionaux, mais aussi l’attention portée par les milieux économiques internationaux à un marché de plus de 100 millions d’habitants, au cœur des échanges euro-africains et moyen-orientaux.
Une réforme économique mise en vitrine
Dans son intervention, Abdel Fattah al-Sissi a longuement insisté sur les réformes engagées ces dernières années. Discipline budgétaire, ajustement des politiques monétaires, amélioration du cadre législatif et fiscal : le discours reprend les marqueurs attendus par les investisseurs et les institutions financières internationales. Le président a mis en avant le recentrage progressif de l’État, à travers un plafonnement des investissements publics et une politique de cession d’actifs destinée à élargir la place du secteur privé.
Ce plaidoyer pour une économie plus ouverte s’inscrit dans une stratégie de restauration de la confiance, après une période marquée par de fortes tensions macroéconomiques. La référence explicite aux évaluations positives du Fonds monétaire international et aux relèvements récents de la note souveraine vise à crédibiliser le récit officiel d’une économie « résiliente », capable d’absorber les chocs régionaux et mondiaux.
Les secteurs mis en avant – énergies renouvelables, industrie automobile et électrique, pharmaceutique, logistique, technologies de l’information et intelligence artificielle – traduisent une volonté d’inscrire l’Égypte dans les chaînes de valeur de demain. La zone économique du canal de Suez, présentée comme une plateforme stratégique, demeure le pivot de cette ambition, combinant infrastructures modernes et accès préférentiel à de vastes marchés grâce aux accords de libre-échange africains et arabes.
La géopolitique comme toile de fond
Mais à Davos, l’économie ne se pense jamais hors du contexte politique. Le président égyptien a consacré une part importante de son discours aux fractures géopolitiques actuelles, qu’il juge incompatibles avec une croissance durable. L’appel à la préservation de l’ordre international issu de l’après-Seconde Guerre mondiale, assorti d’une volonté affichée de le « réformer sans le détruire », s’adresse autant aux puissances occidentales qu’aux acteurs émergents.
La question palestinienne occupe, sans surprise, une place centrale. Abdel Fattah al-Sissi a réaffirmé que la stabilité régionale passe par une solution juste et durable, fondée sur la coexistence de deux États. En saluant les efforts américains pour mettre fin à la guerre à Gaza et en rappelant le rôle de l’Égypte dans l’organisation du sommet de Charm el-Cheikh pour la paix en octobre 2025, Le Caire cherche à consolider sa posture de médiateur indispensable, capable de dialoguer avec l’ensemble des parties.
Ce positionnement diplomatique n’est pas déconnecté des enjeux économiques. La stabilité régionale est présentée comme une condition préalable à l’afflux de capitaux, tandis que la reconstruction et la relance post-conflit sont perçues comme des leviers potentiels de coopération internationale.