Iran : la fin du régime des ayatollahs 1/2
Introduction
Les relations entre les États-Unis et l’Iran connaissent une escalade qualitative qui dépasse le simple schéma de « gestion des tensions » ayant prévalu au cours des deux dernières décennies.
Les nouvelles sanctions, le redéploiement naval américain dans le Golfe et en mer Rouge, les messages publics israéliens évoquant une « opportunité stratégique », ainsi que la montée des frictions indirectes sur les théâtres régionaux, constituent autant d’indicateurs d’un passage d’une phase d’endiguement à une phase de mise à l’épreuve des options ultimes.
La question n’est plus :
Comment contenir l’Iran ?
Mais :
Peut-on mettre fin à la formule de gouvernance en place depuis 1979 et la remplacer par une structure politique moins hostile à l’Occident ?
I. De la dissuasion à la reconfiguration du régime
1. Mutation de l’objectif stratégique
Pendant des années, l’objectif affiché des États-Unis était d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire.
De son côté, Israël se concentrait sur la prévention d’un enracinement militaire iranien durable à ses frontières.
Or, les développements récents suggèrent que l’objectif dépasse désormais le seul programme nucléaire.
Ce dernier est devenu l’une des manifestations du problème, et non le problème en soi.
Du point de vue de Washington et de Tel-Aviv, la question centrale porte désormais sur la structure même du régime :
La doctrine du Wilayat al-Faqih (gouvernement du juriste-théologien)
Le contrôle des leviers économiques et sécuritaires par le Corps des Gardiens de la Révolution
Le réseau de relais régionaux
L’idéologie révolutionnaire transnationale
Dans cette perspective, aucun compromis technique sur l’enrichissement de l’uranium ne saurait suffire tant que le régime conserve sa doctrine et ses instruments d’action.
2. L’équation de la pression composite
La stratégie actuelle repose sur trois niveaux parallèles :
a) Pression économique
Durcissement des sanctions, assèchement des circuits de financement, ciblage des réseaux énergétiques et de contrebande, blocage de l’accès aux technologies sensibles.
b) Pression militaire indirecte
Frappes contre les relais régionaux, affaiblissement des systèmes de défense, envoi de messages de dissuasion calibrés, sans basculer dans une guerre ouverte.
c) Pression politico-psychologique
Mise en lumière de la vulnérabilité du régime, accentuation des fractures internes, diffusion de signaux suggérant que l’ère post-direction actuelle pourrait être proche.
Cette stratégie ne vise pas une chute immédiate, mais un épuisement progressif poussant le régime vers l’une des deux issues suivantes :
– Une modification substantielle de son comportement ;
– Un effondrement interne graduel.
II. Pourquoi la dissuasion ne suffit-elle plus ?
Durant deux décennies, Washington a misé sur une équation simple :
Sanctions contre négociations
Pressions contre concessions partielles
Accords temporaires pour différer l’explosion
Mais cette approche n’a pas produit les résultats escomptés pour plusieurs raisons :
Le régime iranien a utilisé chaque phase de négociation pour reconstruire ses capacités.
Les Gardiens de la Révolution ont renforcé leur emprise économique et sécuritaire malgré les sanctions.
Les relais régionaux sont passés d’outils d’influence à un réseau de dissuasion inversée.
Les missiles balistiques ont dépassé plusieurs lignes rouges stratégiques.
Du côté israélien, la conviction s’est imposée que « le temps joue en faveur de Téhéran » et que tout report accroît sa capacité de manœuvre.
Ainsi se dessine, dans certains cercles décisionnels, une conviction partagée :
la solution ne réside plus dans la gestion de la crise, mais dans son règlement à la racine.
III. Que signifie « mettre fin au régime » ?
Il ne s’agit ni d’occuper l’Iran,
ni de reproduire le modèle irakien.
L’objectif serait plutôt le démantèlement de l’architecture idéologique du pouvoir fondée sur :
La primauté supraconstitutionnelle du Wilayat al-Faqih
Les Gardiens de la Révolution comme « État dans l’État »
Un réseau économique parallèle échappant au contrôle
Un projet expansionniste transfrontalier
Autrement dit, il ne s’agirait pas de changer un gouvernement, mais de transformer la structure même du pouvoir.
L’équation est claire :
Un épuisement progressif conduisant à des fissures internes.
Et si cette stratégie n’aboutit pas dans un délai jugé raisonnable – celui des cycles de négociation –, certains envisagent des frappes américaines rapides, profondes et décisives, laissant ensuite le reste à Israël.
Mais une question demeure :
Un régime façonné par la gestion permanente des crises peut-il s’effondrer sous la pression de nouvelles crises ?
Paris - 17heures, heure du Caire.