Le Dialogue

Iran : la fin du règne des ayatollahs (2/2)

Le Dialogue

Khamenei et la logique de résilience
Toute réflexion sur la fin du pouvoir des ayatollahs doit commencer par une compréhension de la nature même du système.
Le régime iranien n’est pas une dictature traditionnelle.
Il n’est pas non plus un régime purement militaire.
Il s’agit plutôt d’une structure hybride qui combine :
une légitimité religieuse ;
des institutions républicaines formelles ;
un appareil sécuritaire profondément enraciné ;
une économie à forte composante militarisée.
Premièrement : le Corps des gardiens de la révolution, nœud central
Le Corps des gardiens de la révolution n’est pas seulement un appareil sécuritaire.
C’est à la fois :
une force militaire parallèle à l’armée ;
un empire économique ;
un réseau de renseignement ;
un instrument d’influence extérieure.
Ainsi, toute tentative de mettre fin au régime sans démanteler cette structure risquerait d’aboutir à sa reproduction sous une autre forme.
C’est là que réside la difficulté de l’équation.
Deuxièmement : l’économie, véritable champ de bataille intérieur
L’économie iranienne souffre de :
une inflation élevée ;
un chômage croissant ;
une forte dépréciation de la monnaie ;
une dépendance importante à l’économie informelle.
Mais le régime dispose, en parallèle, de mécanismes d’absorption :
des aides sociales ciblées ;
des réseaux clientélistes ;
un discours nationaliste de résistance.
Le pari américain repose sur l’idée qu’une accumulation de pressions quantitatives finira par produire un basculement qualitatif.
Cependant, l’expérience montre que les régimes idéologisés sont souvent capables de résister plus longtemps qu’on ne l’anticipe.
Troisièmement : les relais régionaux
Au cours des deux dernières décennies, les relais régionaux ont constitué une véritable ceinture de sécurité stratégique.
Mais les évolutions récentes ont révélé un paradoxe :
Chaque front extérieur exige financement et soutien.
Or, sous le régime des sanctions, ce financement devient lui-même un fardeau.
Plus les fronts extérieurs s’enflamment, plus la pression s’intensifie à l’intérieur.
L’après-ayatollahs
Si l’on suppose que la stratégie américano-israélienne parvient à affaiblir le régime, une question centrale demeure :
Quel serait l’alternative ?
C’est précisément la question qui occupe aujourd’hui les centres de réflexion occidentaux.
Premier scénario : une transition graduelle
lutte interne au sein de l’élite ;
recul du rôle du Guide suprême ;
émergence d’une direction plus pragmatique ;
accords progressifs avec l’Occident.
L’avantage de ce scénario :
il préserverait l’État et limiterait les risques de chaos.
Son inconvénient :
il pourrait maintenir le Corps des gardiens de la révolution comme acteur central.
Deuxième scénario : un choc militaire limité
Une frappe ciblée provoquerait une perturbation au sommet du pouvoir.
Le pari serait qu’un tel choc entraîne soit une division interne, soit une phase de désordre difficile à maîtriser.
Les risques sont importants :
une riposte régionale élargie ;
des perturbations dans l’approvisionnement énergétique mondial ;
des interventions imprévisibles.
Troisième scénario : un effondrement soudain
Des protestations massives, une fracture au sein de l’appareil sécuritaire et un vide du pouvoir.
Ce scénario pourrait ouvrir la voie à :
un conflit interne ;
des ingérences extérieures ;
une recomposition géopolitique imprévisible.
Il transformerait potentiellement l’Iran en un nouveau foyer majeur d’instabilité régionale.
Conclusion
La confrontation actuelle ne se limite pas à la question de l’enrichissement de l’uranium.
Elle ne constitue pas non plus une simple réaction à un épisode militaire.
Il s’agit d’un conflit autour de la forme que prendra l’Iran de demain.
Israël cherche à éliminer ce qu’il perçoit comme une menace existentielle.
Les États-Unis souhaitent un Moyen-Orient moins conflictuel et plus gérable.
Mais la fin du pouvoir des ayatollahs ne peut être le résultat d’une simple décision militaire.
C’est une équation complexe où s’entrecroisent :
l’idéologie ;
l’économie ;
la sécurité ;
l’identité nationale iranienne.
La question qui déterminera les mois à venir reste donc la suivante :
Washington pariera-t-elle sur le temps ou l’heure du choc approche-t-elle ?