Le Dialogue

L’islam et la liberté d’opinion et d’expression (11)

Le Dialogue

Quand a commencé la crise de la liberté ?
Du texte à l’État…
Si le texte coranique a posé les bases de la liberté et que l’expérience prophétique l’a incarnée dans la réalité, la question qui s’impose ensuite est :
Quand et comment la crise de la liberté a-t-elle commencé dans l’histoire islamique ?
La crise ne surgit pas soudainement,
ni ne se résume à un instant précis.
Elle s’est formée progressivement,
avec le passage d’une société simple
à la complexité de l’État, du pouvoir et de la lutte pour le contrôle.
Du message au pouvoir :
À l’époque de la prophétie,
la religion était d’abord un message, avant d’être un système politique.
Le pouvoir servait les valeurs et la communauté,
il ne les dominait pas.
Mais avec l’expansion de l’État
et la transformation du califat en institution politique,
de nouvelles considérations sont apparues :
la lutte pour la légitimité,
la peur de la division,
l’inquiétude face au chaos.
C’est là que la confusion a commencé.
La liberté perçue comme un danger :
Dans les moments de troubles politiques,
la liberté est passée de valeur à menace potentielle.
L’opinion divergente
n’était plus vue comme un effort de réflexion,
mais comme une graine de discorde.
Ainsi, l’expression a été restreinte
non pas toujours pour défendre la religion,
mais par peur pour l’État.
Lorsque le fiqh s’est rapproché du pouvoir :
Une des transformations les plus dangereuses
a été le rapprochement du fiqh avec l’autorité.
Le fiqh, né dans l’espace du questionnement et du débat,
s’est soudain retrouvé sollicité pour justifier le réel,
plutôt que pour le questionner.
Au lieu d’être une conscience critique,
il est devenu, à certaines étapes,
un outil de contrôle.
C’est ainsi que l’espace de la pensée
a commencé à se réduire sous des prétextes tels que :
prévenir la discorde,
protéger la communauté,
fermer les voies aux dérives.
Était-ce inévitable ?
Non. L’histoire islamique n’est pas une ligne unique,
ni une narration fermée.
Elle a connu des périodes d’ouverture,
d’épanouissement intellectuel
et de pluralité des opinions,
mais aussi des phases de répression et de fermeture.
Le problème est que ces moments de fermeture
étaient souvent liés à la peur politique,
et non à une nécessité religieuse.
De la protection de la religion… à la protection du pouvoir :
Dans de nombreux cas,
l’objectif n’était pas de protéger la foi,
mais le gouvernement.
Quand l’autorité est présentée
comme gardienne de la religion,
s’opposer à elle revient à s’opposer à la religion elle-même.
Les portes de la critique se ferment,
les questions deviennent des crimes,
et l’obéissance se redéfinit
comme une vertu absolue.
Que faut-il pour comprendre cette étape ?
Une lecture historique calme,
qui distingue clairement :
• ce qui est religieux,
• ce qui est politique,
• ce qui relève du contexte historique.
Le mélange de ces niveaux
est ce qui maintient la crise vivante jusqu’à aujourd’hui.
Dans le prochain épisode,
nous examinerons un moment clé et poserons la question :
Omar ibn al-Khattâb… justice du pouvoir ou oppression des peuples ?
Là, nous déconstruirons l’une des images les plus utilisées dans ce débat.
Le Caire - 17heures, heure d'al-Mahroussa.