Le Dialogue

Le 3 juillet, ou la cartographie de l'amour

Le Dialogue

Il est des dates qui échappent au simple cours du temps. Le 3 juillet est de celles qui s'inscrivent dans la mémoire d'un peuple autant que dans celle d'un homme.

Ce jour-là, ma patrie est née une seconde fois. Elle s'est délestée du poids de la haine et de l'amertume des rancœurs pour retrouver le chemin de la dignité. Certains sont partis, d'autres sont restés. Quant à moi, je poursuis ma route en comptant les années comme on suit le cours d'un fleuve, porté par le souvenir des roses et des œillets, avec la conviction que certaines renaissances exigent autant de blessures que d'espérance.

C'est un jour qui ne ressemble à aucun autre. Certains sont partis, d'autres sont restés. Quant à moi, je continue de compter les années comme on compte les fleuves, en respirant encore le parfum des roses et des œillets.

Il ne reste pourtant qu'une seule année de blessure. Une année qui a suffi à dérober une vie entière et à disperser son éclat en éclats de verre sur le bord des routes.

Je n'étais pas seul. Mon cœur me guidait. Il y avait les amis, les martyrs, le sang des proches. Des souvenirs qui n'ont pas de prix.

Je revois une icône de violette offerte au soleil de juillet, puis une rue surgissant des derniers remous de la mer pour venir épouser son rivage.

Je n'ai jamais été un simple témoin. J'étais de ceux qui affrontaient leur destin, bourreau ou victime, mais jamais spectateur.

Juillet est le mois de la violette et du jasmin. C'est aussi mon mois.

Faut-il raconter ce que la violette m'a confié ce jour-là, ou garder le silence jusqu'à ce que le chant revienne ?

C'était une autre traversée, peut-être vers un horizon que j'ignorais encore.

Mille rues continuent de me ramener vers elle. Elle s'approche lentement, pose une main sur mon épaule, et je retrouve le souffle.

Une seule année... Peut-être qu'un jour le navire reviendra, chargé de promesses.

Ô ma patrie, en juillet comme durant tous les autres mois de l'année, tout ce que je possède t'appartient : mon âme, mon cœur et ma fidélité.

À présent, Job s'en va vers l'éternité, tandis que la patience reprend son chemin vers moi.

La patience trahit-elle ceux qui savent attendre ? Non.

Seuls ceux à qui le temps accorde une longue vie peuvent tourner toutes les pages du livre de l'existence. Je ne suis pas de ceux-là. Je suis de ceux qui aiment, et qui trouvent naturellement leur place parmi les amoureux.

Le 3 juillet demeure un jour à part. Mon jour, le tien, celui de tous ceux qui ont cru.

Aujourd'hui, je remets la cartographie de cet amour à mon fils. Il saura tenir le gouvernail de l'espérance lorsque les autres auront fermé les yeux.

Je ne suis donc pas seul. Mon fils est à mes côtés. Mon silence aussi. Mon cœur, mon amour, ma passion et ma patrie m'accompagnent.

Et toi également.

La tempête de sable. La femme de l'impossible. L'oiseau Phénix. Le magnolia.

Et la paix.