Le Dialogue

L’heure de vérité : vers une économie de la durée Ahmed Kouchouk, ministre des finances, trace quatre priorités pour inscrire l’économie égyptienne dans une trajectoire durable

Le Dialogue

À Alamein, au siège du Conseil des ministres, l’entretien avec le ministre des finances, Ahmed Kouchouk, n’a pas été une simple conversation sur les chiffres du budget, le taux de croissance ou le poids de la dette. Il a d’abord été une tentative de répondre à une question en apparence simple, mais sans doute parmi les plus difficiles de toute discussion sur l’économie : à quel moment le citoyen ordinaire ressent-il réellement l’amélioration de l’économie dans son propre foyer ?

C’est avec cette interrogation, nourrie des questions entendues chaque jour dans la société, que j’ai abordé cette rencontre. J’en suis sortie avec une perception quelque peu différente de celle qui réduit souvent l’économie à une succession de courbes, de pourcentages et d’indicateurs.

Le ministre n’a pas cherché à se réfugier d’emblée derrière les chiffres rassurants. Il n’a pas commencé par égrener les performances de la croissance, l’excédent primaire, la réduction du déficit ou l’évolution de la dette, pourtant essentiels à l’évaluation d’une politique économique. Il est parti d’un constat plus immédiat : il existe une différence entre l’amélioration d’une économie sur le papier et le moment où cette amélioration devient perceptible dans la vie quotidienne.

À partir de là, le dialogue a rapidement dépassé la seule question de savoir quand le citoyen ressentira les effets de la reprise. Une autre interrogation s’est imposée : comment conduit-on, au fond, une réforme économique ?

Les réponses ont ouvert autant de perspectives : les prix, les salaires, l’emploi, la dette, l’investissement, la fiscalité, la relation entre l’État et les contribuables, l’avenir du secteur privé, la simplification administrative, mais aussi la place des jeunes, des entrepreneurs, des petites entreprises, des créateurs de contenu et des travailleurs indépendants.

Au fil de l’entretien, une idée s’est imposée : pour Ahmed Kouchouk, l’enjeu ne consiste pas seulement à afficher de meilleurs résultats à la fin d’un exercice budgétaire. Il s’agit de construire une trajectoire capable de durer, de résister aux crises et de laisser davantage d’espace au secteur privé pour se développer, tandis que l’État concentre ses ressources sur les priorités qui touchent directement les citoyens.

Les chiffres et la vie

J’ai donc reposé la question, directement : les évaluations positives de l’économie égyptienne se multiplient et les indicateurs semblent s’améliorer. Mais quand cette amélioration devient-elle tangible dans la vie des citoyens ?

La réponse du ministre a retenu l’attention parce qu’elle ne traitait pas la question comme une contestation des chiffres. Elle reconnaissait, au contraire, l’existence d’un décalage entre le langage de l’économie et celui de la vie quotidienne.

L’expert peut s’attarder sur l’excédent primaire, la progression des recettes, la baisse du déficit ou l’amélioration du ratio de la dette. Le citoyen, lui, dispose de ses propres indicateurs : les prix ont-ils augmenté ou diminué ? Son revenu a-t-il progressé ? Son enfant trouvera-t-il un emploi ? Les services de santé se sont-ils améliorés ? Les infrastructures sont-elles enfin arrivées là où il vit ?

C’est à partir de cette réalité que le ministère des finances entend faire évoluer la manière de présenter le budget et le compte final de l’État. L’objectif est de ne plus laisser les chiffres enfermés dans le langage des spécialistes, mais de les traduire en résultats compréhensibles : qu’est-ce qui a changé sur le terrain ? Qu’a apporté cette dépense publique à une famille, à un territoire, à la société ?

La nuance est essentielle. Trop souvent, l’on célèbre un chiffre avant d’en expliquer le sens. Le déficit recule, la croissance augmente, l’excédent progresse, les indicateurs s’améliorent. Puis l’on attend du citoyen qu’il en déduise lui-même ce que cela signifie pour sa propre existence.

Or, personne ne vit à l’intérieur d’un tableau statistique. On vit dans un foyer, avec un budget mensuel, des enfants, des besoins et un avenir auquel on cherche à donner une forme de stabilité.

Le ministre insiste ainsi sur les préoccupations concrètes : les prix, les salaires, les revenus, l’emploi, le nombre de personnes soignées aux frais de l’État, les foyers raccordés au gaz naturel, l’investissement privé, les dépenses consacrées à la santé, à l’éducation et aux rémunérations.

Le message est clair : l’amélioration des indicateurs n’est complète que lorsqu’elle se traduit par des résultats visibles et ressentis.

Mais cette transformation ne se produit pas du jour au lendemain. Une économie a besoin de continuité, de temps et d’accumulation. Les résultats doivent finir par apparaître simultanément dans plusieurs secteurs.

C’est aussi ce qui explique une partie de l’écart entre les appréciations des institutions internationales sur l’économie égyptienne et ce que ressent la population. Le citoyen n’attend pas un rapport international pour savoir si sa situation s’est améliorée. Il le mesure à son revenu, au prix de ses achats, aux perspectives professionnelles de ses enfants et à la qualité des services auxquels il accède.

Quatre priorités pour une même trajectoire

Comment, dès lors, l’amélioration des grands indicateurs peut-elle contribuer à améliorer le sentiment général du citoyen, notamment face à la question des prix ?

Pour répondre, Ahmed Kouchouk revient à deux notions qu’il place au cœur de la philosophie du ministère : la confiance et le partenariat.

Quatre objectifs structurent ainsi l’action du ministère des finances : renforcer la confiance, la prévisibilité et le partenariat avec les contribuables et la communauté des affaires ; conduire une politique budgétaire équilibrée ; améliorer les indicateurs relatifs à la dette, à son service, à sa maturité et à son coût ; enfin, dégager davantage de marges pour la santé, l’éducation, la protection sociale ciblée et les programmes susceptibles de produire rapidement des résultats concrets.

Mais c’est sa conception de la relation avec le secteur privé qui résume peut-être le mieux cette approche.

« Je suis, en fin de compte, le partenaire de chaque personne et de chaque entreprise en Égypte », explique-t-il en substance. Lorsqu’une entreprise grandit, l’État bénéficie de sa croissance. Lorsqu’un individu augmente ses revenus et réussit davantage, l’État en bénéficie également.

La formule dépasse la seule relation avec les investisseurs. Car le monde des affaires n’est pas séparé du reste de la société. Le salarié d’une entreprise est un citoyen. Une entreprise qui se développe peut créer des emplois. Un secteur qui augmente sa production peut ouvrir de nouvelles perspectives d’investissement, de revenus et de salaires.

Améliorer la relation entre l’État et les entreprises revient donc, indirectement, à améliorer les conditions dans lesquelles les citoyens peuvent accéder à davantage d’opportunités.

C’est dans cette logique que s’inscrivent les facilités fiscales, douanières et immobilières mises en avant par le ministère.

L’idée n’est ni de renoncer aux droits de l’État pour satisfaire l’investisseur, ni de faire peser sur le contribuable une pression maximale pour obtenir davantage de recettes. La logique est différente : permettre d’abord à l’activité économique de croître, élargir ainsi l’assiette et voir les recettes progresser comme conséquence de cette expansion.

À la question de savoir si l’objectif est d’augmenter les recettes ou d’élargir la base fiscale, la réponse du ministre est sans ambiguïté : il faut élargir cette base « avec l’adhésion et la volonté » des contribuables.

Autrement dit, le citoyen ou l’entreprise doit avoir intérêt à intégrer le système, parce qu’il y trouve un cadre plus simple, plus clair et plus favorable à son développement.

La véritable question demeure alors celle de l’équilibre : comment l’État peut-il obtenir les ressources qui lui reviennent sans étouffer l’activité économique dont il attend précisément ces ressources ?

Il serait prématuré de prétendre que la réponse est déjà acquise. Toute réforme se juge d’abord à ses résultats. Mais la logique défendue ici repose sur une relation d’intérêts réciproques : plus l’entreprise grandit, plus l’État dispose de ressources ; plus les revenus augmentent, plus la capacité de financement des services publics et de la protection sociale s’élargit.

Produire pour mieux redistribuer

La philosophie qui se dégage de cet échange tient en une équation simple : une économie qui croît, un secteur privé qui se développe et des investissements qui augmentent finissent par générer davantage de ressources pour l’État.

La politique budgétaire ne peut donc pas être réduite à un exercice comptable visant uniquement à dépenser moins. Elle doit également devenir un instrument de dynamisation de l’économie.

C’est le sens des initiatives évoquées par le ministre : le règlement des créances dues aux exportateurs, l’allègement de certaines charges, l’extension du raccordement des logements au gaz naturel, les programmes de transition de l’industrie vers l’énergie solaire, le soutien à la production et au tourisme, ou encore l’aide au financement de nouvelles lignes de production à des coûts plus accessibles.

Tous ces dispositifs convergent vers un même objectif : remettre en mouvement l’appareil productif.

Lorsqu’un exportateur reçoit ses créances, il renforce sa capacité à poursuivre et à développer son activité. Lorsqu’une industrie accède à un financement adapté, elle peut investir dans de nouvelles capacités de production. Lorsque les charges diminuent, la compétitivité peut s’améliorer. Et lorsque le tourisme, l’industrie et les exportations progressent, l’économie se donne davantage de moyens pour créer des emplois et générer des revenus.

Dans cette perspective, la discipline budgétaire n’est plus l’adversaire de la croissance. Elle en devient l’une des conditions.

La dette, au-delà du chiffre

Le ministre ne s’arrête toutefois pas à la seule croissance. Un autre impératif traverse son raisonnement : celui de la durabilité.

La dette n’est donc pas envisagée comme un simple pourcentage qu’il suffirait de réduire à la fin d’une année. Il faut aussi considérer son coût, son service, sa maturité et la part des ressources publiques qu’elle absorbe.

Car une dette n’est jamais seulement un chiffre.

La véritable question est de savoir combien elle coûte à l’État, quelle part des recettes est consacrée à son remboursement et à son service, et si sa structure laisse suffisamment de place pour financer les autres priorités.

Cette approche renvoie à une préoccupation plus large : une amélioration économique n’a de valeur durable que si les citoyens peuvent croire à sa continuité.

Personne ne souhaite ressentir une amélioration aujourd’hui pour craindre, demain, qu’elle ne puisse être maintenue pour ses enfants.

C’est pourquoi la recherche de marges budgétaires supplémentaires pour la santé, l’éducation et la protection sociale ciblée constitue l’autre face de la stratégie.

Réduire la dette sans étouffer la croissance. Soutenir l’économie sans renoncer à la discipline. Consacrer davantage de ressources aux services publics sans transférer aux générations futures des charges encore plus lourdes.

La formule est exigeante.

Et c’est sans doute la raison pour laquelle la notion de continuité revient si souvent dans le discours du ministre. Il n’existe pas de mesure unique capable, à elle seule, de résoudre les difficultés économiques. Aucun décret ne peut condenser plusieurs années de réformes.

Si l’objectif est que le citoyen ressente l’économie, les indicateurs doivent devenir des mouvements réels : dans les marchés, dans les entreprises et dans les perspectives d’emploi.

Quand l’économie arrive jusqu’au citoyen

Le secteur des technologies de l’information en offre l’une des illustrations les plus significatives.

Sa croissance ne se résume pas à une progression du produit intérieur brut. Elle touche des services utilisés quotidiennement : Internet, téléphonie mobile, centres d’appels, logiciels et services numériques. Elle ouvre également des milliers de perspectives professionnelles pour les jeunes.

Le ministre souligne, dans ce contexte, la forte progression des exportations égyptiennes de services technologiques au cours des dernières années. Un signe que l’économie ne repose plus uniquement sur ses secteurs traditionnels et que de nouveaux espaces peuvent émerger pour la croissance, l’emploi et l’exportation.

L’industrie participe elle aussi à cette dynamique. Après une période de croissance négative, le secteur a retrouvé des rythmes de progression plus élevés, traduisant une reprise de l’activité productive.

L’économie contemporaine présente cependant une autre particularité : l’emploi et l’activité ne passent plus nécessairement par les formes traditionnelles de l’entreprise ou de l’usine.

Parfois, la possibilité économique se trouve dans un ordinateur ou un téléphone.

Cette évolution a conduit notre échange vers les jeunes entrepreneurs, les petites entreprises, les créateurs de contenu et les travailleurs indépendants.

Le ministère a ainsi mis en place, selon les explications du ministre, un régime fiscal simplifié destiné à certaines catégories d’activités et d’entreprises dont le chiffre d’affaires peut atteindre 20 millions de livres égyptiennes. Le dispositif repose sur une approche simplifiée, accompagnée de facilités concernant notamment la taxe sur la valeur ajoutée et les modalités de paiement.

Mais l’essentiel ne réside peut-être pas dans le mécanisme lui-même.

Il réside dans l’idée qui le sous-tend : permettre aux petites entreprises d’entrer dans le système en ayant le sentiment que l’État les accompagne dans leur croissance, plutôt que de les attendre au moment de leur fragilité pour les sanctionner.

Cette logique prend une importance particulière à l’heure des créateurs de contenu et des travailleurs indépendants, des catégories qui n’existaient pas, sous cette forme et à cette échelle, lorsque nombre de règles administratives avaient été conçues.

L’économie change rapidement. Une réforme véritable doit donc aussi mesurer sa capacité à faire évoluer ses propres règles.

« La réforme n’est pas nécessairement synonyme de mesures difficiles », rappelle le ministre. Elle peut consister à alléger une charge, réduire un délai ou simplifier une procédure.

L’idée va même plus loin : un fonctionnaire ne devrait pas attendre une nouvelle loi pour faciliter la vie des citoyens. Un lien électronique, un numéro d’assistance, une application, un centre d’appel, une campagne d’information ou une base de données peuvent, eux aussi, devenir des instruments de réforme.

La question que chaque agent public devrait se poser quotidiennement, selon Ahmed Kouchouk, est simple : comment faciliter la vie des gens ?

Cette idée constitue peut-être l’un des points les plus importants de l’entretien.

Car la réforme cesse alors d’être un événement ponctuel pour devenir une pratique quotidienne.

Le citoyen et l’investisseur ne rencontrent pas l’État uniquement lorsqu’une loi est votée ou qu’une taxe est modifiée. Ils le rencontrent dans un formulaire, devant un guichet, dans le délai d’attente d’une procédure ou dans la difficulté à obtenir une information.

La simplification devient ainsi davantage qu’un programme économique : elle devient une manière de penser l’administration.

Pourquoi l’Égypte ?

Après avoir longuement évoqué les mécanismes internes de l’économie et les conditions dans lesquelles le citoyen peut en ressentir les effets, une autre question s’imposait : que dit l’Égypte à l’investisseur qui l’observe depuis l’étranger ? Pourquoi la choisir dans un contexte de concurrence régionale et internationale particulièrement intense ?

Ahmed Kouchouk met en avant une combinaison d’atouts : un vaste marché, une population active importante, une jeunesse disponible, une compétitivité des coûts, une position géographique stratégique et un large réseau d’accords commerciaux et d’investissement.

Mais l’argument ne repose pas uniquement sur ces avantages traditionnels.

L’Égypte entend également s’appuyer sur des secteurs qui commencent à démontrer leur capacité à concurrencer les autres économies, notamment les technologies de l’information, l’industrie et les activités exportatrices.

Un autre élément constitue, selon le ministre, une force particulière : la diversification.

Aucun secteur ne représente à lui seul plus de 15 % du produit intérieur brut. Cette structure diversifiée offre à l’économie une capacité de résistance et de flexibilité précieuse dans un monde où les crises tendent à devenir moins exceptionnelles.

Le discours sur l’investissement ne peut donc être séparé de celui sur la continuité des réformes.

Le message adressé aux investisseurs n’est pas celui d’un pays qui prétend ne connaître aucune difficulté. Il est celui d’un pays qui cherche à montrer sa manière d’affronter ses défis et de renforcer progressivement ses capacités.

L’Égypte, insiste le ministre, reste largement ouverte aux investissements et poursuit ses efforts pour simplifier les procédures, améliorer la lisibilité du cadre économique et construire une relation de partenariat avec les investisseurs.

Mais, là encore, le raisonnement ramène à son point de départ : le citoyen.

L’investisseur qui s’installe en Égypte ne construit pas une économie séparée de la société. Son usine a besoin de travailleurs. Son entreprise recrute des salariés. Son expansion nécessite des services. Sa production a besoin d’un marché. Ses exportations peuvent générer des revenus et de nouvelles opportunités.

Attirer l’investissement n’est donc pas une fin en soi. C’est l’un des moyens de renforcer la capacité de l’économie à créer des emplois et des perspectives.

La continuité, véritable épreuve de la réforme

En quittant cette rencontre, je ne disposais toujours pas d’une réponse définitive à la question qui l’avait ouverte : quand le citoyen ressentira-t-il pleinement tout ce qui est annoncé au sujet de l’amélioration de l’économie ?

Je n’ai pas entendu non plus la promesse que le chemin était achevé ou que toutes les difficultés appartenaient désormais au passé.

Mais une autre impression s’est imposée.

Ce qui inspire la confiance n’est pas nécessairement un chiffre isolé, ni un indicateur particulier, ni même l’évaluation favorable d’une institution internationale. C’est la manière de penser qui doit se trouver derrière ces chiffres.

Considérer l’économie comme un processus permanent, et non comme une crise que l’on traverse avant de refermer le dossier.

Voir l’investisseur comme un partenaire, le contribuable comme un partenaire, le secteur privé comme un moteur plutôt que comme une charge.

Considérer la jeunesse comme un espace d’opportunités et non uniquement comme une catégorie à soutenir.

Lier la réduction de la dette à la recherche de la durabilité, plutôt qu’à la seule amélioration d’un chiffre à la fin d’un exercice.

Et se demander, au sein même de l’administration, non seulement : « Que dit la loi ? », mais aussi : « Comment faciliter la vie des gens ? »

C’est peut-être là que se situe le véritable sens de la réforme.

Car une réforme économique n’est jamais définitivement achevée. Le monde change, la concurrence évolue, les priorités se déplacent.

La continuité, l’adaptation et la capacité à accompagner les transformations de son époque ne sont donc pas des luxes. Elles sont la condition même de la survie d’une politique de réforme.

Ces détails ne produisent pas toujours les titres les plus spectaculaires. Pourtant, dans la gestion d’une économie de la taille de celle de l’Égypte, ils peuvent faire toute la différence entre une politique pertinente sur le papier et une politique qui se transforme progressivement en résultats visibles.

La distance entre l’idée et son résultat demeure, en définitive, l’épreuve décisive.

Car le citoyen ne jugera pas la réforme depuis une salle du Conseil des ministres.

Il la jugera devant les rayons d’un supermarché, à la réception de son salaire à la fin du mois, dans l’emploi trouvé par son enfant, dans la qualité de l’école, de l’hôpital et des services auxquels il accède.

C’est précisément pour cette raison que la continuité demeure le mot essentiel.

L’heure de vérité n’est pas celle d’une annonce ou d’un bilan annuel.

L’heure de vérité, c’est celle où l’économie quitte les tableaux et les discours pour entrer dans la vie quotidienne.

Car la réforme économique n’est pas un moment que l’on célèbre. C’est un chemin de longue haleine : certains résultats apparaissent rapidement, d’autres exigent du temps, et certains ne se mesurent qu’après plusieurs années.

En quittant le siège du Conseil des ministres à Alamein, la question initiale restait présente dans mon esprit, mais sous une forme légèrement différente.

Je ne me demandais plus seulement : quand le citoyen ressentira-t-il l’amélioration ?

Mais plutôt : les fondations qui permettront de rendre cette amélioration possible et durable sont-elles réellement en train d’être construites aujourd’hui ?