Le Dialogue

Le régime iranien au bord du volcan

Le Dialogue

Ce ne sont ni des déclarations en l’air ni une manœuvre médiatique. Lorsque Benyamin Nétanyahou affirme ouvertement avoir donné pour instruction à l’armée et au Mossad de renverser le régime iranien, et que le New York Times révèle que le commandement central américain a établi une liste élargie de cibles et attend le feu vert pour passer à l’action, nous sommes face à un tournant décisif. Une page semble sur le point de se tourner, au terme d’un chapitre ouvert le 7 octobre 2023.

Nous l’avons affirmé dès le premier jour : l’objectif est de redessiner les équilibres régionaux et de rogner les capacités de l’Iran, en vue de démanteler son régime.

Gaza n’était pas une fin en soi, pas plus que le Liban, le Yémen ou la Syrie. Ces fronts ont constitué autant d’étapes sur une même trajectoire : démanteler les relais de Téhéran avant de s’attaquer au centre du pouvoir. Au cours des trois dernières années, les événements ont ainsi préparé le terrain et permis de gagner du temps, dans l’attente de conditions jugées propices.

Aujourd’hui, Benyamin Nétanyahou le dit lui-même : frapper les installations nucléaires ne suffit pas ; la solution consiste à renverser le régime.

Mais la véritable question n’est pas de savoir si le régime des mollahs tombera ou non. Elle est de déterminer à quel prix et qui en paiera la facture.

Les pays du Golfe ne sont pas de simples spectateurs de cette confrontation : ils se trouvent au cœur de la zone de feu. La guerre de février dernier a montré que des missiles et des drones pouvaient atteindre Manama, Koweït, Abou Dhabi et Riyad. Aujourd’hui, Téhéran prépare à son tour ses listes de cibles, parmi lesquelles figureraient les installations énergétiques, les infrastructures et les usines de dessalement des pays alliés de Washington.

Un régime qui se sent acculé ne raisonne plus nécessairement en termes d’intérêts nationaux, mais selon la logique de Samson, prêt à faire s’effondrer le temple sur sa propre tête comme sur celle de ses ennemis. C’est là que réside le risque majeur : que l’heure de la chute devienne celle d’une vengeance généralisée à l’échelle régionale.

Et après la chute ? L’Iran deviendra-t-il un pays stable, doté d’un nouvel ordre politique, ou sombrera-t-il dans un vide du pouvoir sur fond de prolifération des armes, dans un pays de 90 millions d’habitants ?

Les précédents irakien, libyen et syrien restent présents dans toutes les mémoires. Renverser un régime peut être relativement facile ; construire un ordre politique viable après sa disparition constitue une tout autre épreuve, dont la région paie le prix depuis des décennies.

Il faut également prêter attention au calendrier. Nétanyahou durcit son discours à quelques heures d’élections israéliennes décisives, alors que les rapports de force entre son camp et ses adversaires sont au coude-à-coude. À Washington, les discussions portent déjà sur les scénarios de l’après-élections de mi-mandat. La guerre ne relève donc pas uniquement d'une décision militaire : elle devient aussi un enjeu politique, susceptible de peser sur les urnes.

Cette imbrication rend la situation d’autant plus dangereuse et délicate. Lorsque les décisions de guerre se mêlent aux calculs de survie politique, toute la région risque de devenir l’otage de manœuvres imposées de l’extérieur.

En définitive, les cartes sont en train d’être redistribuées. Ceux qui ne disposent pas de leur propre vision stratégique risquent de n’être qu’une simple ligne sur une carte dessinée par d’autres.

Les prochains jours apporteront peut-être des réponses à toutes ces questions. Mais les peuples de la région pourraient bien en payer le prix avant même leurs dirigeants.