Le Dialogue

Le séisme au Maroc révèle que les relations avec la France ne sont ni bonnes ni amicales

Le Dialogue

Des touristes traînent leurs valises en passant devant un bâtiment endommagé dans le vieux quartier de Marrakech, le 10 septembre 2023, deux jours après qu'un séisme dévastateur de magnitude 6,8 ait frappé le pays. Le 10 septembre, les Marocains ont pleuré les victimes d'un tremblement de terre dévastateur qui a tué plus de 2 000 personnes alors que les équipes de secours se précipitaient pour retrouver les survivants coincés sous les décombres des villages rasés. Photo : Philippe LOPEZ / AFP.

 

C’est un puissant séisme qui a frappé le Maroc, le 8 septembre 2023. Il est déjà reconnu comme“le plus violent depuis un siècle” dans le pays. Le tremblement de terre a provoqué par ailleurs l’effondrement d’une partie de l’historique muraille de Marrakech.

Le séisme a fait 2122 morts et 2500 blessés, selon un dernier bilan publié le 10 septembre 2023 par le ministère de l'Intérieur.

La secousse tellurique a été enregistrée à 23 h 11 heure locale, et selon l’Institut de géophysique américain, elle était de magnitude 6,8.

L’épicentre du séisme se situe dans la province d’Al-Haouz, au sud-ouest de Marrakech. La secousse a aussi été ressentie à Rabat, Casablanca, Agadir et Essaouira .

Chacun sait que Marrakech regorge de ces lieux qui sont inscrits depuis 1985 au patrimoine mondial de l’Unesco à l’instar de la place Jemaa el-Fna.

Qu’on y songe, sur les 700 hectares de la médina, la vieille ville, les dommages sont par endroits impressionnants. Les remparts du XIIe siècle qui entourent la cité impériale, fondée vers 1070 par la dynastie des Almoravides, sont en partie défigurés.

"Le quartier à l'évidence le plus affecté est cependant le Mellah (ancien quartier juif) où les destructions de maisons anciennes sont les plus spectaculaires", ajoute M. Falt. Là, des habitations d'un étage à la pierre qui rosit au soleil ont été réduites à néant. Des barres de fer ou autres consolidations de fortune ont été posées pour soutenir les murs affaissés.

"Après une catastrophe comme celle-ci, le plus important est de préserver les vies humaines. Mais il faut aussi prévoir immédiatement la deuxième phase, qui comprendra la reconstruction des écoles et des biens culturels affectés par le tremblement de terre", commente Éric Falt, directeur régional du Bureau de l'Unesco pour le Maghreb.

Dans ce contexte, l’assistance internationale, si nécessaire au peuple marocain promet d’être difficile à l’aune des différends et tensions qui subsistent entre les États de la région et le Royaume chérifien. 

S’agissant de l’État Hébreu, la normalisation entre Rabat et Jérusalem depuis la signature des accords d’Abraham en 2020, inquiète au plus haut point Alger. Étant entendu que le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a «donné des instructions à tous les organes et forces gouvernementaux pour fournir toute l’assistance nécessaire au peuple marocain, y compris les préparatifs pour l’envoi d’une équipe d’aide dans la région».

 

Alger n’était pas en reste avec Rabat. N’a-t-elle pas proposé assistance à son voisin, annonçant sa décision de rouvrir son espace aérien aux avions transportant de l’aide humanitaire ou des blessés ? Et contre toute attente, n’ a-t-elle pas qualifié son rival régional de pays «frère» ?

Quant à Rabat et Paris, les relations se sont envenimées à l’aune du scandale de l’affaires des écoutes du Président Emmanuel Macron via le logiciel israélien Pegasus 

Mais il y a plus, le non-respect par les autorités marocaines des accords de reconduite aux frontières des étrangers en situation irrégulière couplées aux postures sur le statut du Sahara Occidental ne sont pas là pour contribuer à l’apaisement entre les deux capitales.

De fait, le Royaume Chérifien revendique ce territoire, quand dans le même temps, Alger, au même titre que Paris, apporte un soutien non dissimulé aux indépendantistes du Front Polisario. 

Chemin faisant, on soulignera volontiers que Madrid, qui a longtemps soutenu le Front Polisario, s’est finalement rangée du côté du Maroc. Et après l’aval de Rabat, l’Espagne a envoyé ses premières équipes de secours. Par ailleurs, Rabat aurait accepté l’aide humanitaire proposée par les autorités algériennes, selon une déclaration du ministre marocain de la Justice, Abdellatif Ouahbi.

Et si le Maroc a accepté l’aide de quatre pays, dont l’Espagne et la Grande-Bretagne en premier lieu, ainsi que le Qatar et les Émirats arabes unis, Rabat n’a toujours pas accepté l’aide française. 

C’est ainsi que Mme Catherine Colonna, la Ministre français des Affaires Étrangères, qui sait magner la rhétorique comme personne, sachant transformer une fin de non-recevoir, pour ne pas dire une tristesse sans nom, en une source d’optimisme. Ainsi a-t-elle indiqué : « Nous nous tenons à la disposition du Maroc à court et moyen terme ». « Si Rabat n’a pas accepté l’aide française, il ne l’a pas refusée. « Emmanuel Macron a échangé avec le roi du Maroc », a-t-elle ajouté.

Quoi qu’il en soit, le Quai d’Orsay, a débloqué 5 millions d’euros sur les fonds de réserve du ministère pour les organisations non-gouvernementales.

Dès lors, on soulignera volontiers à l’instar de Georges Malbrunot, journaliste et spécialiste du Moyen-Orient, qu’« Avec ces accords d’Abraham , le Maroc a obtenu des Etats-Unis à l’époque de Donald Trump, la reconnaissance de la position marocaine sur le Sahara occidental. L'Espagne a accepté. On se retrouve les seuls importants membre permanent du Conseil sécurité à avoir une position différente, et ça Mohamed VI ne le comprend pas ». 

Dans la même veine, le journaliste de poursuivre sur son compte X (ex Twitter), pour décrire les relations entre le Maroc et la France : "C'est un crève-cœur", la mauvaise relation entre Paris et Rabat, confie un ancien diplomate de haut-rang. "C'est triste, depuis Valery Giscard, on avait une relation unique avec le Maroc. Comment Emmanuel. Macron a-t-il pu croire qu'il allait réussir avec le Président algérien ? ». MVI est d’autant plus furieux contre Emmanuel Macron, qu’il envisagerait de remplacer l’enseignement de la langue de Molière par la langue de Shakespeare dès la rentrée scolaire 2015… 

Pour mémoire, en mars 2023, le président de la République a assuré que ses relations avec Mohammed VI étaient "amicales"…

Et Rabat n’a pas manqué de lui répondre : les autorités marocaines ont évoqué des relations "ni bonnes ni amicales" avec la France. C’est ce que révèle encore aujourd’hui le violent séisme qui a meurtri la province d’Al-Haouz, au sud-ouest de Marrakech.