Comment les Frères musulmans ont infiltré la France ?
Dans un rapport choc de 76 pages, rendu public en mai 2025, rédigé par deux hauts responsables français à la demande du ministre de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau, aujourd’hui président du parti gaulliste Les Républicains, les informations et les chiffres relatifs à l’infiltration de la France par l’organisation des Frères musulmans ont suscité une vive stupeur.
Selon les données figurant dans le rapport, 139 mosquées ont été classées comme étant liées à l’organisation des Frères musulmans, et 86 autres considérées comme étroitement associées à la confrérie, réparties sur plus de 55 départements.
Le rapport estime que la fréquentation moyenne de ces mosquées affiliées atteint 91 000 fidèles chaque vendredi.
Il indique également que les renseignements collectés font état de 280 associations liées à l’organisation, actives dans de nombreux secteurs : religieux, caritatif, éducatif, professionnel, jeunesse et financier.
Le rapport s’est aussi penché sur les établissements scolaires liés à la confrérie, identifiant 21 institutions affiliées aux Frères musulmans, accueillant 4 200 élèves pour l’année scolaire 2025‑2026.
Présenté par le palais de l’Élysée sous le titre « Les Frères musulmans et l’islam politique en France », et débattu lors de la réunion du Conseil de défense et de sécurité nationale le mercredi 21 mai 2025, ce rapport est considéré comme la troisième phase de la guerre contre l’idéologie islamiste radicale, engagée par le président Emmanuel Macron depuis son premier mandat en 2017.
Cette offensive fait suite à l’adoption de la loi renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme en 2017, puis de la loi confortant le respect des principes de la République en 2021, plus connue sous le nom de « loi contre le séparatisme ».
Dès son préambule, le rapport affirme qu’il est temps de combattre la « pénétration islamiste » menée par les Frères musulmans. Ce mouvement, né en Égypte en 1928, aurait adopté des tactiques de dissimulation visant à s’emparer des institutions du pouvoir en République française « par le bas » — à travers les associations et les municipalités — afin d’imposer progressivement, de l’intérieur, des règles de vie inspirées de la charia.
L’Élysée précise que ce rapport vise à sensibiliser l’opinion publique et les élus locaux à l’approche des élections municipales de 2026, à mieux identifier et documenter cette menace afin de la prévenir de manière globale.
La stratégie financière
Sur le plan opérationnel, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau n’a pas été en mesure d’interdire directement l’organisation des Frères musulmans. Il a toutefois exprimé, selon le rapport, sa volonté de leur porter un coup majeur sur le plan financier, en gelant leurs avoirs, en renforçant le contrôle des fonds issus des waqfs (fondations religieuses) alimentant le mouvement, et en empêchant les associations visées de transférer leurs biens et actifs à l’étranger avant leur dissolution — comme ce fut le cas pour l’association Baraka City, qui avait transféré ses fonds vers une structure britannique avant la publication du rapport.
Dans ce contexte, le rapport identifie une quinzaine de fonds financiers suspects, soupçonnés de soutenir le financement d’initiatives séparatistes, dont une partie servirait à alimenter les activités de l’organisation en France.
Le document officiel affirme que les Frères musulmans constituent une « menace pour la cohésion nationale ». Ses auteurs — un ancien ambassadeur et un préfet — évoquent une « infiltration par le bas », particulièrement marquée dans trois secteurs clés :
l’éducation nationale,
l’enseignement supérieur et le
le sport.
Ces constats ont conduit le président Emmanuel Macron à demander au gouvernement de formuler de nouvelles propositions, compte tenu de la gravité des faits, afin de renforcer la lutte contre l’infiltration présumée des Frères musulmans dans la société française.
Les débuts de l’infiltration
Le rapport retrace les origines de l’implantation des Frères musulmans en Europe, soulignant que celle‑ci a été facilitée par les mouvements migratoires des années 1950, consécutifs aux affrontements avec les gouvernements du Moyen‑Orient. Cette première implantation a servi de base à l’arrivée d’une nouvelle génération d’islamistes radicaux, intégrés par la suite dans les universités européennes.

Ainsi, les premiers noyaux des Frères musulmans se sont établis au Royaume‑Uni, en Allemagne et en Suisse dès les années 1950, avant de s’étendre à la Belgique, la France et l’Italie. Les dirigeants, majoritairement issus des classes moyennes éduquées et urbaines, se sont concentrés dans des villes stratégiques comme Aix‑la‑Chapelle ou Londres, formant ce que le rapport qualifie de « bourgeoisie pieuse ».
L’infiltration en France
En France, un réveil religieux apparaît dès les années 1950 parmi les travailleurs musulmans immigrés, notamment autour de la figure du chercheur indien et réfugié politique Muhammad Hamidullah, qui prêchait à la mosquée de la Da‘wa, rue de Tanger à Paris. Sous son impulsion, fut fondée en 1963 l’Association des étudiants islamiques de France (AEIF).
Parallèlement, Saïd Ramadan, gendre de Hassan al‑Banna, fondateur des Frères musulmans, s’installe en Suisse où il fonde en 1961 le Centre islamique de Genève, avec le soutien de l’Arabie saoudite. Ce centre établit rapidement des liens étroits avec l’Union islamique française naissante.
La structuration du mouvement se poursuit en France au cours de la décennie suivante, grâce à la contribution de deux courants syriens et égyptiens. Au début des années 1980, deux figures religieuses parviennent à unifier ces courants : le Libanais Fayçal Mawlawi et le Tunisien Ahmed Jaballah, identifiés comme émissaires directs des Frères musulmans et considérés parmi les piliers de l’Union des organisations islamiques de France, fondée en 1983.
Une idéologie adaptée et dissimulée
Issue d’une idéologie politique orientaliste « occidentalisée » pour être implantée en Europe, la vision de l’islam politique portée par les Frères musulmans repose sur une adaptation tactique des traditions moyen‑orientales aux normes des sociétés européennes ciblées, combinée à une dissimulation stratégique des principes fondamentaux, relevant d’une logique de taqiya.
La tolérance religieuse affichée par l’organisation apparaît ainsi, selon le rapport, comme un outil politique, masquant mal son incapacité réelle à concevoir l’altérité au sein d’une société laïque.
En France, par exemple, le dialogue islamo‑chrétien incluant des représentants des Frères musulmans est décrit comme largement théâtral. Il s’agissait en réalité d’un choix tactique visant à acquérir une légitimité auprès des pouvoirs publics.
Le véritable test, selon les études académiques citées, eut lieu dans les années 1990 avec l’Association des musulmans de la Gironde, où transparaissent clairement des discours de supériorité religieuse et de mépris de l’autre, enseignés par la suite dans des écoles affiliées aux Frères musulmans pourtant agréées par l’État français.
Les fatwas des Frères musulmans
La surprise fut donc immense dans les milieux intellectuels, politiques et parlementaires français lors de la publication de l’ouvrage « Les idées sataniques », rassemblant un ensemble de fatwas issues de la revue Al‑Da‘wa, organe officiel de la confrérie dans les années 1970 et 1980.
Ces textes, notamment ceux relatifs à l’« autre » religieux, affirmaient que celui‑ci n’avait pas le droit de construire des lieux de culte en terre d’islam, ni même d’être enterré dans des cimetières musulmans.
Ces positions ont profondément choqué l’opinion publique française, d’autant plus que les représentants de l’organisation étaient omniprésents dans les médias, apparaissant régulièrement aux côtés de responsables des institutions chrétiennes et juives.
Paris- 17 heures, heure du Caire.