Le professeur Jacques-Olivier Boudon m’a informé hier du report de ma conférence, prévue le samedi 17 octobre à la Sorbonne, en raison des violences qui secouent Paris.
En réalité, les manifestations estudiantine qui agitent actuellement la France ravivent le souvenir des célèbres événements de Mai 1968. Ceux-ci constituent, dans la mémoire collective française, une blessure douloureuse, ouverte par le choc des violences qui avaient secoué le Quartier latin et qui s’était refermée, peu après, avec le départ du général de Gaulle, figure légendaire de la République.
Les raisons matérielles qui poussent aujourd’hui les lycéens à descendre dans la rue sont multiples : manque d’enseignants, insuffisance des équipements et du confort dans les établissements scolaires, notamment en matière de climatisation et de mobilier, ou encore longueur des journées de cours. Autant de motifs bien réels, auxquels s’ajoute le sentiment des élèves que leurs revendications sont attentivement écoutées par les responsables, sans que rien ne change concrètement sur le terrain.
C’est alors que resurgissent, dans l’inconscient collectif français, les vieux réflexes de la contestation révolutionnaire et le recours à la violence pour imposer les revendications à l’agenda du gouvernement. Celui-ci doit déjà faire face à d’immenses difficultés budgétaires et aux conséquences d’une crise énergétique provoquée par la guerre dans le Golfe arabique. Le tout se déroule dans un climat politique particulièrement tendu, à l’approche de la prochaine élection présidentielle, dont le premier tour est prévu le 18 avril et le second, décisif, le 2 mai.
Dans le cadre de cette bataille électorale, la droite française, dans toutes ses composantes, accuse le parti La France insoumise (LFI) d’attiser les tensions en encourageant les jeunes, notamment ceux des quartiers populaires, à manifester, voire à recourir à la violence contre les forces de l’ordre.
des discussions se poursuivent également en coulisses sur l’implication éventuelle de forces extérieures dans la transformation des revendications étudiantes en une vaste révolte susceptible de déferler sur la France et d’ébranler sa stabilité politique et sociale.
Les déclarations de Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, au nord de Paris, d’origine africaine et figure importante de LFI, affirmant que manifester et recourir à la violence constituent un droit pour les étudiants, auraient marqué un tournant dans l’évolution de ces manifestations vers des violences sanglantes.
Si les accusations se concentrent sur un parti français et son dirigeant, Jean-Luc Mélenchon — très bien placé dans les sondages et l’un des principaux défenseurs de la cause palestinienne en France —, des discussions se poursuivent également en coulisses sur l’implication éventuelle de forces extérieures dans la transformation des revendications estudiantine en une vaste révolte susceptible de déferler sur la France et d’ébranler sa stabilité politique et sociale.
Parmi ces forces invisibles, plusieurs analyses évoquent un intérêt commun de la Russie et des États-Unis à voir la France déstabilisée. Moscou chercherait à prendre sa revanche sur le président Emmanuel Macron, en raison du rôle qu’il joue dans la constitution d’une coalition européenne déterminée à aider l’Ukraine à résister à la Russie. Washington, de son côté, voudrait sanctionner Macron pour sa reconnaissance de l’État palestinien et ses prises de position fermes à l’égard du gouvernement du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.
Les observateurs relèvent également que le chef de l’État a entièrement laissé au premier ministre la gestion de la crise étudiante, préférant se consacrer à ceux qui chercheraient à porter atteinte à la France.
Deux éléments revêtent une importance particulière dans cette affaire.
Le premier est l’apparition du président Macron sur le pont d’une frégate, entouré des principaux responsables militaires, à l’occasion d’une démonstration de tir impliquant un missile particulièrement sensible, doté d’une tête nucléaire et capable d’atteindre n’importe quel point de l’hémisphère Nord.
Il ne fait guère de doute, selon cette lecture, que le président entendait adresser un message public à ceux qu’il souhaitait mettre en garde : la France, son armée et ses services ne peuvent être déstabilisés par quiconque.
Les observateurs relèvent également que le chef de l’État a entièrement laissé au premier ministre la gestion de la crise étudiante, préférant se consacrer à ceux qui chercheraient à porter atteinte à la France.
Le second élément est directement lié au premier. Il concerne la révélation récente de documents qui prouveraient l’implication de la CIA dans le soutien à la révolution algérienne, d’une part, et au mouvement étudiant de 1968, d’autre part.
Ces révélations renverraient aux mêmes motivations que celles évoquées pour expliquer les violences actuelles : la volonté, moins visible, des États-Unis de ramener la France à une situation de crise permanente et de déstabiliser le pays afin de le détourner de toute ambition de leadership en Europe et dans le monde.
Les récentes déclarations du président américain Donald Trump sur les violences actuelles en France, et son insistance sur l’idée que « la France était une grande puissance avant d’être engloutie par l’islam », ne constitueraient-elles pas, elles aussi, un indice de l’existence de ces mains invisibles ? Elles pourraient traduire la volonté de certaines puissances extérieures de pousser la France à se retirer des crises internationales, en laissant l’Europe continuer à saigner, financièrement et énergétiquement, dans une guerre dont l’issue demeure lointaine.
Les violences actuelles finiront par atteindre leur paroxysme, avant de s’atténuer progressivement, selon une méthode bien connue de la vie politique française : le pourrissement.
Autrement dit, il s’agirait de laisser la crise se dégrader jusqu’à ce qu’elle s’épuise d’elle-même, avant que le président ne reprenne la parole pour annoncer des mesures répondant aux aspirations des étudiants. D’ici là, la crise aura peut-être contribué à dévoiler les visages dissimulés derrière les masques, en France comme à l’étranger.