Le Dialogue

Gaza. une commission palestinienne pour l’après-guerre entre reconstruction, équilibres politiques et pari international

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La création de la Commission nationale palestinienne pour la gestion de Gaza marque une nouvelle tentative de structurer l’« après-guerre » dans un territoire dévasté par plus de deux années de conflit. 

Présentée comme une instance technique, professionnelle et consensuelle, cette commission de quinze membres ambitionne de répondre à l’urgence humanitaire tout en s’inscrivant dans un cadre politique et diplomatique plus large, soutenu notamment par l’Égypte et validé par des acteurs internationaux.
Selon son président, interrogé par la chaîne Al-Qahera News, la formation de la commission s’appuie à la fois sur une décision du Conseil de sécurité des Nations unies, sur le plan proposé par le président américain Donald Trump et sur une autorisation explicite de la direction palestinienne. Une triple référence qui illustre la complexité du moment : conjuguer légitimité palestinienne, parrainage régional et reconnaissance internationale.
Une instance technique au service d’un projet politique
Officiellement, la commission se veut avant tout « professionnelle et technique ». Ses membres, décrits comme des personnalités modérées, disposent d’un long parcours dans les domaines du développement, de l’aide humanitaire et de l’action sociale à Gaza. L’objectif affiché est de répondre aux besoins immédiats d’une population épuisée, tout en évitant une politisation directe de l’organe.
Mais derrière cette façade technocratique se dessine un enjeu politique majeur : faire de la commission un lien institutionnel entre Gaza et la Cisjordanie. « La direction palestinienne souhaite que cette commission soit un pont entre le secteur et la Cisjordanie, afin de réaliser le rêve national », a souligné son président. Une formulation qui rappelle que la reconstruction matérielle ne peut être dissociée de la question de l’unité territoriale et politique palestinienne, longtemps fragmentée.
Reconstruction d’urgence dans un territoire dévasté
Les chiffres avancés donnent la mesure de la catastrophe. Plus de 85 % des logements auraient été détruits, tandis que 38 hôpitaux ont été mis hors service pendant la guerre. Des dizaines de milliers de Gazaouis vivent aujourd’hui sous des tentes « que le vent arrache », selon les mots du responsable palestinien.
Face à cette situation, la première décision concrète de la commission a été l’approvisionnement urgent de 200 000 unités de logement préfabriquées. Ces habitations doivent être installées dans des zones pensées pour regrouper, à proximité, services de santé, écoles et dispositifs de sécurité, afin de recréer un minimum de vie sociale organisée.
La commission prévoit de s’appuyer sur des entreprises de construction arabes, « en premier lieu égyptiennes », dans le cadre d’un effort coordonné de reconstruction. Le président de la commission n’a pas manqué de remercier à plusieurs reprises l’Égypte — son président, son gouvernement et son peuple — pour un soutien qualifié de « constant et déterminant ».
Le rôle central du plan égyptien et des bailleurs internationaux
La commission affirme s’inscrire pleinement dans le cadre du plan égyptien de reconstruction de Gaza, un plan fondé sur trois axes : l’aide humanitaire immédiate, la remise en état des infrastructures et la reconstruction du logement. Ce projet, validé par la Ligue arabe et les pays islamiques, a également été accueilli favorablement par l’Union européenne, renforçant sa crédibilité diplomatique.
Sur le plan financier, un élément clé réside dans la création envisagée d’un fonds international, hébergé par la Banque mondiale, destiné à la reconstruction et à l’aide humanitaire. Selon la commission, les pays donateurs ont déjà dégagé des financements et arrêté une enveloppe budgétaire couvrant deux années.
Pour ses responsables, toutefois, l’enjeu dépasse la simple assistance. « Après deux ans de guerre, les habitants de Gaza ont besoin de plus que de l’aide », affirme le président de la commission, insistant sur la nécessité de redonner espoir et dignité à une population traumatisée.
Entre gratitude diplomatique et fragilité politique
Les remerciements répétés adressés à l’administration Trump et aux États donateurs traduisent la volonté de la commission de s’inscrire dans une logique de coopération internationale, malgré les controverses entourant certaines propositions américaines sur l’avenir de Gaza. Cette posture pragmatique vise à garantir des ressources, dans un contexte où toute reconstruction reste conditionnée à des équilibres politiques et sécuritaires incertains.
Reste que le succès de cette commission dépendra de plusieurs facteurs : sa capacité réelle à agir sur le terrain, son acceptation par les différentes forces palestiniennes, et la pérennité du soutien international. Dans un territoire où l’urgence humanitaire se conjugue à une instabilité chronique, la reconstruction de Gaza apparaît autant comme un défi technique que comme un test politique majeur pour l’avenir palestinien.