Démantèlement de l’organisation des Frères musulmans: La décision française, début d’une nouvelle phase européenne (6)
Action sociale et associations : quand la “charité” devient un réseau d’influence
Après avoir montré comment les Frères musulmans ont fait de l’éducation une porte d’entrée pour façonner de nouvelles générations s’éloignant progressivement des valeurs de la République, le rapport nous entraîne vers un autre terrain tout aussi dangereux — voire, dans la pratique, plus influent encore dans la vie quotidienne : l’action sociale et le tissu associatif.
C’est précisément ici que l’organisation déploie ses outils les plus intelligents :
des outils qui ne paraissent pas politiques en apparence, qui n’arborent aucun slogan conflictuel, ni discours religieux radical mais qui, en profondeur, construisent une “société” complète à l’intérieur de la société française.
Associations caritatives, centres de soutien scolaire, collectes de vêtements, repas du Ramadan, crèches, cours de langue arabe… tout cela se transforme — comme l’explique le rapport — en “ponts doux” qui redéfinissent la relation du musulman français à l’État, à l’identité et à la citoyenneté.
1) Pourquoi les Frères musulmans privilégient-ils la voie associative ?
Le rapport apporte une réponse d’une grande précision :
en France, les associations constituent la forme la plus légitime et la plus répandue de l’action au sein de la société civile. Elles opèrent sous le cadre juridique de la loi de 1901 et bénéficient d’un climat fondé sur la liberté d’organisation, le bénévolat et le financement par les dons.
Cet environnement ouvert — conçu à l’origine pour servir la démocratie — s’est transformé, entre les mains des Frères musulmans, en une opportunité de bâtir une influence de long terme grâce à trois avantages majeurs :
La légitimité juridique : l’association apparaît comme une “institution citoyenne”, sans lien apparent avec la politique.
La couverture morale : l’action caritative suscite une empathie immédiate et devient difficile à critiquer.
L’extension sociale : l’association pénètre les foyers, les écoles et les quartiers plus rapidement que n’importe quel discours politique.
Ainsi, l’action sociale ne devient plus une aide ponctuelle, mais un système de recrutement et d’influence.
2) La naissance de la “société alternative” par le service quotidien
Le rapport souligne que le danger principal de l’action sociale frériste réside dans le fait qu’elle ne fonctionne pas comme un dispositif temporaire, mais comme un véritable “mode de vie”.
Un enfant qui suit des cours de soutien dans une association, puis rejoint un cours coranique, participe ensuite à une activité sportive au sein du même réseau, assiste à une conférence religieuse, puis est orienté vers un établissement éducatif affilié se retrouve intégré dans un système global et cohérent.
Selon le rapport, l’objectif final est clair :
former des individus partiellement ou totalement détachés de la société française, préparés psychologiquement et intellectuellement à considérer que la République française n’est pas leur foyer, et que l’appartenance première et ultime doit aller au groupe et à une identité fermée.
Ainsi, l’idée d’une “contre-société” progresse étape par étape.
3) Les associations comme pouvoir parallèle dans les quartiers
Le rapport explique que les mouvements islamistes — au premier rang desquels les Frères musulmans — ont su exploiter le recul de l’État dans certaines zones, notamment là où les services publics se sont affaiblis pour des raisons sociales et économiques
(on retrouve ici exactement les mêmes méthodes employées auparavant en Égypte et dans de nombreux pays arabes).
À ce moment-là, l’organisation se présente comme le “sauveur” : aides alimentaires, soutien aux familles, accompagnement administratif, activités pour les jeunes, sorties collectives, cours de langue, réseaux de solidarité.
Progressivement, elle se transforme en autorité sociale de facto.
Avec le temps, elle acquiert un rôle implicite dans :
la définition du socialement acceptable ou inacceptable,
l’orientation des comportements des jeunes,
la régulation des relations entre hommes et femmes,
la redéfinition de l’“intégration” comme une forme de renoncement, la relégation des lois de l’État au rang d’option secondaire face à la “référence religieuse”.
Il ne s’agit pas d’un État dans l’État au sens administratif, mais bien d’un État dans l’État au sens social.
4) L’action caritative comme levier de financement et de mobilisation
Le rapport met en lumière un point essentiel :
l’action sociale n’est pas seulement un outil d’influence, mais aussi un outil de financement.
Les associations caritatives sont naturellement capables de collecter des dons réguliers, en particulier lors des périodes religieuses, ce qui en fait :
une source de financement,
une source de légitimité,
une source de mobilisation.
Plus préoccupant encore, certaines associations mêlent action humanitaire et idéologie à travers un double discours :
un langage humaniste et apaisant vers l’extérieur, et un discours mobilisateur et idéologique à l’intérieur.
De cette manière, l’humanitaire devient un écran idéal pour l’expansion de l’influence.
5) De la “défense des droits” à la fabrication du sentiment de persécution
Le rapport observe que les Frères musulmans ne se contentent pas de fournir des services ; ils y ajoutent un outil de propagande extrêmement efficace : la construction d’un récit victimaire.
Le discours dominant au sein de nombreuses associations repose sur une idée centrale :
les musulmans de France seraient victimes de discrimination, l’État les “opprimerait”, la société les “rejèterait”, et toute critique de l’islam politique serait assimilée à du racisme.
Ce discours fonctionne car il s’appuie sur des réalités vécues par une partie de la communauté musulmane : chômage, marginalisation, problèmes de logement, fractures identitaires.
L’organisation propose alors une explication unique à toutes ces difficultés :
“Vous êtes ciblés parce que vous êtes musulmans.”
Ainsi, la solidarité sociale devient une plateforme de reproduction de la colère.
6) Les associations comme passerelle vers la politique et les syndicats
Le rapport insiste sur le fait que l’organisation agit selon une logique de réseaux imbriqués :
de l’association à l’université, de l’université au syndicat, du syndicat à la municipalité, puis à l’influence électorale.
Un simple bénévole associatif peut devenir :
• responsable du pôle jeunesse,
• représentant dans une union étudiante,
• membre d’un syndicat universitaire ou professionnel,
puis vitrine “civile” dans l’espace public.
Les associations se transforment ainsi en usines à cadres, et non en simples structures de bienfaisance.
Le rapport établit d’ailleurs un lien direct entre structures étudiantes, action sociale et discours de “défense des droits”, présentés comme un escalier progressif vers l’influence politique.
7) Où réside le danger réel ?
Le rapport ne diabolise pas les associations en tant que telles. Il distingue implicitement l’action caritative sincère de l’action caritative idéologisée.
Le danger ne réside pas dans le fait de nourrir ou d’aider, mais dans :
• la transformation du service en outil de loyauté,
• la politisation des besoins humains,
• le conditionnement de l’aide à l’appartenance,
• l’isolement du bénéficiaire des institutions de l’État,
• la création du sentiment que l’organisation est son unique protecteur.
Autrement dit, l’objectif n’est pas de résoudre le problème de l’individu, mais de l’attacher au réseau.
C’est ce qui explique comment des structures peu nombreuses sur le plan organisationnel peuvent exercer une influence sociale considérable.
La logique frériste
Le rapport montre que l’une des forces des Frères musulmans réside dans leur capacité à combiner :
• un ancrage local fort dans les villes et les quartiers,
• une interconnexion avec d’autres structures,
• une coordination via des plateformes plus larges servant de façades “représentatives”.
Ainsi, une petite association peut faire partie d’un ensemble bien plus vaste, à travers des liens non déclarés, des figures communes, des circuits de financement ou des programmes partagés.
Cette architecture en réseau rend le phénomène difficile à démanteler : on ne fait pas face à une organisation visible, mais à un écosystème associatif.
C’est ainsi que l’action sociale — censée être un levier d’intégration — est devenue un outil produisant l’exact opposé :
le retrait de la société, la reconstruction identitaire dans une bulle organisationnelle, puis la transformation du besoin en loyauté.
En France, comme le révèle le rapport, les Frères musulmans n’entrent pas dans l’État par la violence, mais par :
l’action sociale,
l’association “bienveillante”,
le discours sur les droits,
le récit victimaire.
Ces éléments finissent par former un réseau d’influence qui s’étend du quartier à l’université, puis à l’espace public.
Paris- 17heures, heure du Caire.