Démantèlement de l’organisation des Frères musulmans : La décision française, début d’une nouvelle phase européenne (7)
L’argent, le waqf et le financement de l’influence: quand les dons deviennent une machine au service de l’organisation
Si l’éducation façonne « l’esprit » et l’action sociale façonne « l’environnement », alors le financement, lui, forge la capacité de durer.
C’est précisément sur ce point que le rapport propose une lecture d’une importance capitale : les Frères musulmans en France ne se comportent pas comme un simple courant religieux de passage, mais comme un système financier structuré, parfaitement conscient que l’influence ne se construit pas uniquement par les prêches, mais par la capacité à :
• acquérir des biens immobiliers
• construire des mosquées
• fonder des écoles
• financer des associations
• gérer des ressources humaines
créer des bras médiatiques et organisationnels
Pour l’organisation, l’argent n’est pas un « moyen auxiliaire », mais une condition d’existence, d’expansion, de pérennité, d’influence, d’infiltration et de captation.
1) Pourquoi le financement constitue-t-il le danger majeur ?
Le rapport affirme clairement que les Frères musulmans représentent le mouvement islamiste le plus organisé et le plus influent en France, non seulement en raison de leurs capacités de mobilisation, mais surtout parce qu’ils disposent — plus que d’autres — de ressources matérielles et intellectuelles qui les rendent particulièrement dangereux à long terme.
La raison est simple :
le salafisme se diffuse rapidement, mais demeure souvent fragmenté, composé d’individus et de poches locales isolées.
Les Frères musulmans, eux, construisent des réseaux de structures : écoles, instituts, associations, conférences, formation d’imams, services divers… autant d’entités nécessitant des budgets réguliers.
Ainsi, le financement devient le système circulatoire qui irrigue l’ensemble du corps organisationnel.
2) La difficulté de l’évaluation
Le rapport souligne que l’estimation des ressources financières des Frères musulmans en France est complexe, car leur architecture de financement repose sur :
• l’enchevêtrement des associations et des structures écrans
• la multiplicité des sources de revenus
• l’autofinancement local
• les dons étrangers
• une économie religieuse étendue (halal, pèlerinages, conférences)
Cette opacité, suggère le rapport, confère à l’organisation un avantage majeur : flexibilité financière et faible capacité de contrôle précis.
3) La façade organisationnelle et la porte d’entrée de l’argent
Le rapport s’appuie sur un exemple central : l’« Union des organisations islamiques de France », devenue par la suite « Musulmans de France ».
Il cite un chiffre révélateur, issu du témoignage d’un ancien président : le budget de fonctionnement de l’administration centrale de l’Union était estimé à environ 1,5 million d’euros, pour 11 salariés et près de 100 bénévoles.
À cela s’ajoute un budget considérable lié à l’événement phare de l’organisation : le rassemblement annuel du Bourget, dont le coût avoisine 3 millions d’euros.
S’y ajoutent encore le financement des mosquées affiliées, des écoles, des conférences régulières, des déplacements et des relations extérieures.
Ainsi, le rapport estime que les dépenses globales de l’Union atteignent près de 5 millions d’euros par an.
Il ne s’agit pas des chiffres d’une petite association, mais bien de ceux d’une institution d’influence.
4) L’autofinancement
Le rapport met en évidence que l’organisation repose sur un financement interne stable, fondé sur plusieurs piliers :
Les contributions des membres : des prélèvements compris entre 2,5 % et 10 % des revenus.
Les recettes d’activités : événements, abonnements, services divers.
L’économie des mosquées, incluant les dons saisonniers et réguliers.
Ces mécanismes rendent l’organisation moins dépendante des financements étrangers et plus apte à résister et à s’étendre.
5) Le soutien extérieur, quand le don devient politique
Le rapport indique qu’une part significative des fonds provient de pays du Golfe et d’organisations proches de certains États.
La répartition estimée serait :
60 % de ressources internes
40 % de dons extérieurs
Le danger ne réside pas tant dans l’argent lui-même que dans ce qu’il signifie.
Le financement extérieur n’est jamais un « don innocent » ; il constitue toujours un investissement politique discret dans la structuration de l’islam politique en France.
Chaque euro dirigé vers une école, un institut, une mosquée ou une association façonne directement l’identité, le discours et le sentiment d’appartenance.
6) Le waqf
L’un des points les plus préoccupants du rapport concerne la création d’une entité de type waqf : « Waqf France ».
L’idée est d’une intelligence organisationnelle remarquable :
au lieu de dépendre de dons fluctuants, l’organisation met en place une structure capable de recevoir des fonds, de les investir, puis de redistribuer les revenus aux institutions servant son projet, notamment :
▪︎ les écoles
▪︎ la formation religieuse
▪︎ les organismes de soutien au réseau
Le rapport évoque des projections portant la valeur des actifs du waqf à 11 millions d’euros sur vingt ans.
Nous ne sommes donc pas face à un mouvement religieux géré au jour le jour, mais devant une institution planifiant sur deux ou trois générations.
7) La Banque Al-Taqwa
Le rapport aborde ensuite un point encore plus sensible : le financement international des réseaux des Frères musulmans, à travers la Banque Al-Taqwa, fondée en 1988, active dans des dizaines de pays, et jouant un rôle dans la collecte et l’orientation de fonds vers des réseaux liés aux Frères musulmans en Europe.
Il mentionne des figures majeures associées à ce circuit financier et rappelle que des enquêtes occidentales ont historiquement relié cette banque à des soupçons de soutien au réseau international des Frères musulmans.
L’intérêt de cette partie ne réside pas seulement dans le récit, mais dans la leçon qu’elle révèle :
l’organisation en Europe évolue dans une économie transnationale, même sous des formes diverses.
Le document « Le Projet »: le financement comme stratégie d’infiltration
Le rapport relate un fait marquant : la découverte d’un document, dans le cadre d’enquêtes liées à la Banque Al-Taqwa, intitulé « Le Projet », exposant la vision des Frères musulmans en Europe concernant :
▪︎ l’infiltration
▪︎ la prédication
▪︎ la construction de l’influence
▪︎ la participation politique
▪︎ l’impact sur la société civile
▪︎ l’évitement de l’intégration aux valeurs jugées « impies »
L’idée centrale apparaît clairement :
le financement n’est pas distinct de la politique, il fait partie d’une stratégie unique et cohérente.
9) L’argent crée des institutions: les institutions façonnent des générations
Le danger majeur du financement frériste, tel qu’il ressort du rapport, est sa transformation directe en institutions à impact quotidien :
▪︎ écoles d’éducation religieuse
▪︎instituts de formation des imams
▪︎associations féminines, de jeunesse et étudiantes
▪︎plateformes discursives et médiatiques
▪︎ activités de masse
Ainsi se met en place ce que l’on peut appeler une infrastructure idéologique.
Ce sont de véritables « villes dans la ville » : non seulement des bâtiments, mais des réseaux de services, d’appartenance et de mobilisation.
10) Pourquoi la machine financière fonctionne-t-elle ?
Le rapport identifie implicitement trois facteurs clés :
Un fonctionnement sous couverture légale et associative qui rend le financement apparemment normal.
L’investissement dans l’enfance et la jeunesse pour garantir un rendement à long terme.
L’association du religieux, de l’identité et du sentiment de victimisation pour maintenir le flux des dons.
Il ne s’agit donc pas d’une économie classique, mais d’une économie de la foi, où le donateur contribue parce qu’il pense défendre son identité et son existence.
En conclusion, le rapport démontre que l’infiltration des Frères musulmans en France ne repose pas sur la propagande seule, mais sur une ingénierie financière sophistiquée : des dons au waqf, des rassemblements de masse aux écoles, de l’autofinancement au soutien extérieur, pour bâtir une structure capable de durer et de se reproduire silencieusement.
Lorsque l’argent est capable de créer des institutions, celles-ci deviennent capables de façonner une société au sein de la société.
C’est ainsi que se comprend la dangerosité des Frères musulmans en France : un projet de long terme, et non une vague passagère.
Le rapport secret — non encore publié — révèle enfin un volet de renseignement concernant la surveillance de plusieurs cadres des Frères musulmans par les services du ministère de l’Intérieur et des Finances pour des soupçons de financements illicites, (liste des noms conservée telle quelle)
Paris- 17heures, heure du Caire.