Le Dialogue

À Alexandrie, l’Égypte et la France affichent leur rapprochement stratégique autour de la Méditerranée

Le Dialogue

Par-delà l’inauguration du nouveau siège de l’Université Senghor, la rencontre entre le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi et son homologue français Emmanuel Macron, samedi à Borg El-Arab, près d’Alexandrie, a confirmé la volonté des deux pays de consolider un partenariat devenu central dans un contexte régional marqué par les crises et les recompositions diplomatiques.
Dans une atmosphère soigneusement mise en scène, les deux dirigeants ont affiché leur convergence sur plusieurs dossiers majeurs : coopération économique, stabilité régionale, guerre à Gaza et avenir du partenariat euro-méditerranéen. La visite du président français intervient un an après l’élévation des relations bilatérales au rang de « partenariat stratégique », annoncée lors du déplacement d’Emmanuel Macron au Caire en avril 2025.
Le choix de l’Université Senghor comme cadre de cette rencontre n’est pas anodin. Institution phare de la Francophonie en Afrique, l’université symbolise à la fois l’influence culturelle française et l’ambition égyptienne de renforcer son rôle intellectuel et diplomatique sur le continent africain. En saluant ce « pôle académique de coopération scientifique et culturelle », Emmanuel Macron a insisté sur l’importance de la formation des élites africaines francophones, tandis qu’Abdel Fattah Al-Sissi a présenté l’établissement comme un outil de rayonnement régional.
Au-delà de la dimension symbolique, les échanges ont surtout porté sur les équilibres stratégiques au Moyen-Orient. Le président égyptien a mis en avant les efforts du Caire pour contenir les tensions régionales et éviter une extension des crises en cours. Une préoccupation partagée par Paris, alors que les routes maritimes, les chaînes d’approvisionnement et la sécurité énergétique demeurent fragilisées par l’instabilité persistante dans la région.
La question palestinienne a occupé une place centrale dans les discussions. Le chef de l’État égyptien a rappelé la nécessité de consolider le cessez-le-feu à Gaza, d’accélérer l’acheminement de l’aide humanitaire et d’engager les efforts de reconstruction. Il a également exprimé l’inquiétude du Caire face à la dégradation de la situation en Cisjordanie, réaffirmant l’attachement de l’Égypte à une solution politique fondée sur la création d’un État palestinien dans les frontières du 4 juin 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale.
Dans ce dossier, la France apparaît de plus en plus attentive au rôle régional de l’Égypte, devenue un interlocuteur incontournable dans les négociations liées à Gaza. Paris voit également dans son rapprochement avec Le Caire un levier diplomatique pour préserver une présence européenne active dans une région où les rapports de force évoluent rapidement.
Les deux présidents ont enfin évoqué la situation au Liban ainsi que les perspectives de coopération entre les pays riverains de la Méditerranée. Une manière de replacer leur dialogue dans une vision plus large : celle d’un axe euro-méditerranéen cherchant à conjuguer stabilité politique, sécurité régionale et intérêts économiques communs.
Dans un Moyen-Orient traversé par les conflits et les rivalités d’influence, la rencontre de Borg El-Arab aura surtout servi à illustrer un constat partagé par Paris et Le Caire : la nécessité de préserver des canaux de dialogue et de renforcer les partenariats stratégiques capables de contenir les effets d’une instabilité régionale désormais chronique.