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Afrique

Quand « l’allié » Américain invite la France à quitter l’Afrique

Le Dialogue

Les partisans du Conseil national de sauvegarde de la patrie (CNSP) du Niger manifestent devant la base aérienne nigérienne et française de Niamey le 30 août 2023 pour exiger le départ de l'armée française du Niger. Photo / AFP

 

Dans une tribune « Time’s up for France in Africa », « Le temps de la France est désormais compté en Afrique » qui sonne comme un coup de tonnerre pour Paris, 

Michael Shurkin ancien analyste de la RAND Corporation et de la CIA, met en perspective la politique de l’Oncle Sam en Afrique et le ressentiment anti-français sur le continent. 

 

Il juge que la France n’a aucun intérêt fondamental à défendre dans le Sahel et de fait, son « pré carré » en Afrique n’existe plus que dans quelques têtes malades. 

 

Michael Shurkin l’annonce tout de go : la France doit rapatrier ses hommes, fermer ses bases et renoncer à tout rôle stratégique en Afrique, quitte à y conserver un reliquat de soft power par le biais de la francophonie.

 

Du reste, il juge que la France n’a aucun intérêt fondamental à défendre le Sahel.

Pour l’Américain, « sortir d’Afrique diminuerait, dans une certaine mesure, la stature globale de la France, mais la réalité est que la France – comme la Grande-Bretagne – a beaucoup de ressources et, franchement, d’autres priorités qui reflètent mieux ses intérêts ».

 

Étant entendu que « les priorités mériteraient de se limiter uniquement à une participation accrue à la défense du glacis européen dans un cadre atlantiste et, éventuellement, à une présence exotique dans l’Indopacifique où lui manque un espace susceptible de déranger le système américain », note judicieusement Raphaël Chauvancy, chargé de cours à l’École de Guerre Économique, pour la Revue conflits dans son article : « Pourquoi l’Amérique veut-elle chasser la France d’Afrique ? ».

 

La misère croissante et l’insécurité persistante dans le Sahel en prédisposaient les populations à trouver un bouc émissaire, à savoir la France. Or personne n’envisage le départ des Allemands encore moins celui des Américains… 

 

Dès lors, comment l’expliquer ? Paris selon Washington aurait : « sans doute entravé le développement économique et politique des pays africains ».

 

Mais il y a plus, la promotion de la désastreuse politique des minorités à l’anglo-saxonne a brisé le projet de société post-raciale qui constituait un des facteurs du rayonnement universaliste français. 

Le financement par Washington de la mouvance extrémiste « décoloniale » a eu des effets délétères dans les banlieues françaises, mais aussi en Afrique francophone. Ses thèses victimaires complotistes, parfois relayées par les diasporas présentes en France, ont été prises pour argent comptant. Y compris par le Président Macron qui ne manqua lors du Sommet France- Afrique de Montpellier en octobre 2021, de converser avec un échantillon de cette diaspora, si bien choisi par ses conseillers. Le niveau des débats étaient éloquents à l’aune de déclarations entendues : « Si la relation entre les pays d'Afrique et la France était une marmite, elle serait sale ».

 

Si Moscou a financé et relayé le discours francophobe d’un Kémi Séba, Washinton a promu celui de Rokhaya Diallo

 

Somme toute, la Russie et les Etats-Unis ont-ils agi de concert pour écarter Paris. 

 

Qu’on se le dise, une campagne de sape a été menée savamment de longue date pour orchestrer le French bashing et les opérations d’influence américaines, fait remarquer Raphaël Chauvancy.

 

Et force est de constater que la France n’a pas vu venir le danger et s’est laissé piégée par des récits subversifs mâtinés d’islamophobie d’État française, adressés à une jeunesse frustrée et désœuvrée si perméable aux récits décoloniaux proférés contre la France tant en Afrique que dans les banlieues françaises. 

 

Cette posture de l’Oncle Sam contre les intérêts de la France en Afrique, saurait trouver leur explication par le fait, que les Etats-Unis ne tolèrent pas cette volonté d’autonomie, si chère à la France. Pour les Etats-Unis, il convient de rentrer dans le rang.

 

De fait, les Américains ont une logique de bloc et conçoivent toujours une alliance envers eux comme un alignement voire une vassalisation (Roland Lombardi). Toute distorsion est désormais assimilée à une trahison. 

 

Dans cette perspective, tout en apportant loyalement un appui indispensable à l’action de Barkhane, ont-ils avancé leurs pions et développé leurs propres réseaux. Depuis son retrait du Mali, ils ne croient plus Paris capable de tenir un front, même secondaire en Afrique. Dans ce contexte, Washington exhorte bel et bien Paris à trancher sur le sort qu’elle réservera à ses 1 500 militaires présents sur le territoire Nigérien.

 

Malgré ses remarquables succès militaires tactiques, elle s’est ridiculisée en Centrafrique, au Mali, au Burkina, au Niger.

 

Et pour Washington, « il faut tirer un trait sur le retour à la légalité constitutionnelle au Niger. Les militaires nigériens ne poseront probablement pas de problème d’ailleurs: ils savent que sans les capacités de surveillance américaines, tous leurs efforts pour combattre les djihadistes sont vains», confesse à demi- mot un diplomate. 

On l’aura compris, Paris est carbonisé, sa position est intenable.

Dans ce contexte, Washington a bien conscience de ce qu’il est en mesure de sauver. A ce jeu, il sait pertinemment qu’il a tout à perdre à s’aligner sur Paris.

En clair, les Etats-Unis n’hésiteront pas à prendre langue avec les putschistes et d’ailleurs, ils l’ont déjà fait ! Pour Paris, rien ne va plus, les jeux sont faits.

Malgré les pressions des militaires à l'origine du coup d'État dans le pays, l'Ambassadeur de France Sylvain Itté « va rester au Niger », a déclaré, le 28 août 2023, (NDLR, la Junte a donné, le 25 août 2023, 48 heures à l’Ambassadeur de France pour quitter le Niger) Emmanuel Macron, qui ouvrait la 29e édition de la Conférence des ambassadeurs. 

Emmanuel Macron rêve en réclamant la restitution de l'ordre constitutionnel. D’autant plus que les Putschistes exigent le départ des 1500 militaires français avant le 4 septembre 2023. Dès lors, le retrait du Niger sera, on s’en doute plus que jamais inévitable pour la France.

Et quant aux tergiversations de la CEDEAO, faute de soutien occidental, l’intervention militaire n’ira pas bien loin. Cette dernière est du reste accusée par la Junte d’être à la solde de Paris. Force est de constater que ces circonstances ne militent assurément pas pour Mohamed Bazoum, le temps jouant contre lui… et les carottes étant cuites, pour ne pas dire archi-cuites.

 On l’aura compris, les Américains qui ne sont pas inquiétés par la Junte, ont toujours été de « faux amis » et de « faux alliés » des Français, n’ayant que pour principaux objectifs, et c’est légitime, la défense des seuls et uniques intérêts américains. Ils ne roulent toujours que pour leurs propres intérêts, qu’ils soient au Niger, en Ukraine et ailleurs… 

Ils n’ont qu’un objectif : conserver leurs bases militaires au Niger, celles de Niamey et d’Agadez au Nord. Ils jouent assurément leur propre participation dans cette guerre qui opposera dorénavant les Etats-Unis, le groupe Wagner et les djihadistes.