Le gouvernement égyptien et l’UNICEF mettent en avant une série d’indicateurs présentés comme les premiers effets tangibles d’une vaste transformation du système éducatif. Hausse de la fréquentation scolaire, baisse des effectifs par classe et réforme des programmes : les autorités entendent faire de l’éducation le socle de la « nouvelle République ».
Sous le haut patronage du Premier ministre, l’Égypte a lancé, mercredi 20 mai dans la Nouvelle Capitale administrative, une conférence consacrée à l’avenir de l’enseignement, placée sous le thème : « Présentation des résultats de l’étude sur la réforme de l’éducation en Égypte : preuves, progrès et vision d’avenir ». Organisé par le ministère de l’Éducation en partenariat avec l’UNICEF, l’événement s’inscrit dans une séquence que les autorités présentent comme décisive pour évaluer les transformations engagées ces deux dernières années.
Au-delà d’un simple exercice de communication institutionnelle, la rencontre visait à exposer les conclusions d’une étude nationale sur les réformes éducatives et à ouvrir un débat plus large sur les perspectives de l’enseignement en Égypte. Une ambition affichée : faire de l’école un levier central du développement humain et économique.
L’éducation érigée en enjeu de sécurité nationale
Dans son discours d’ouverture, le Premier ministre, Mostafa Madbouly, a réaffirmé la place stratégique qu’occupe l’éducation dans la vision de l’État.
« La qualité de l’enseignement est aujourd’hui l’un des principaux critères de puissance des nations », a-t-il déclaré, estimant qu’elle détermine autant la compétitivité économique que la capacité des sociétés à s’adapter aux mutations technologiques et aux exigences du marché mondial.
Pour le chef du gouvernement, l’éducation relève désormais d’un enjeu de « sécurité nationale » et constitue l’un des piliers du projet de « nouvelle République », porté par Abdel Fattah al-Sissi. Cette orientation repose, selon lui, sur une conviction : « le véritable investissement commence par la construction de l’être humain ».
Des indicateurs en hausse après des années de tensions structurelles
Les autorités ont surtout mis en avant plusieurs chiffres censés illustrer une amélioration progressive de la situation scolaire.
Le taux de présence des élèves dans les établissements serait ainsi passé de 15 % à 87 %. Dans le même temps, la densité moyenne des classes du primaire aurait diminué, passant de 63 à 41 élèves. Une évolution que les responsables attribuent à l’ouverture ou à la réaffectation de dizaines de milliers d’espaces scolaires.
Une enveloppe d’un million de dollars sur deux ans doit accompagner cette coopération.
Selon les résultats présentés, près de 2 000 classes accueillaient auparavant plus d’une centaine d’élèves. Le gouvernement affirme avoir engagé une restructuration visant à absorber la croissance démographique et à restaurer des conditions d’enseignement jugées plus favorables.
Le nombre de jours effectifs de cours serait également passé de 110 à 174 jours par an.
Lutter contre les fragilités de l’apprentissage
Parmi les éléments les plus mis en avant figure le programme national de développement des compétences en langue arabe, mené avec l’appui de l’UNICEF.
L’étude révèle une baisse importante du nombre d’élèves rencontrant des difficultés en lecture et en écriture. Évaluée à 45,5 % lors de la première phase du programme, cette proportion aurait reculé à 13,9 % au cours de sa troisième phase, après plusieurs cycles de déploiement dans les gouvernorats du pays.
Plus de 1,3 million d’élèves ont participé aux évaluations et environ 30 000 enseignants ont bénéficié de formations spécifiques.
Pour les auteurs du rapport, ces résultats témoignent d’un rétablissement progressif de l’efficacité pédagogique au sein des établissements.

Le rôle central des enseignants
Les autorités ont également insisté sur la place des enseignants dans cette réforme. Le ministre de l’Éducation, Mohamed Abdel Latif, a présenté les transformations engagées comme « l’un des programmes les plus ambitieux de l’histoire récente du pays ».
Selon lui, la réforme dépasse la seule question de l’accès à l’école : elle cherche à repenser le contenu des enseignements, les méthodes pédagogiques et les modalités d’évaluation des élèves.
Près de 70 % des enseignants auraient reçu des formations dans le cadre des nouveaux programmes. Le ministère affirme également avoir comblé une partie du déficit en personnel éducatif grâce au recrutement d’enseignants vacataires et à l’initiative nationale visant à recruter 30 000 enseignants chaque année.
Le ministre a par ailleurs mis en avant une coopération avec l’Université d’Hiroshima afin de développer des formations répondant à des standards internationaux.
Intelligence artificielle, programmation : préparer les métiers de demain
La réforme entend aussi adapter les contenus scolaires aux transformations du marché du travail.
Les autorités indiquent avoir restructuré 94 programmes d’enseignement, modernisé les manuels scolaires et introduit de nouvelles matières, parmi lesquelles la programmation et l’intelligence artificielle dès le secondaire.
Un nouveau système de baccalauréat, présenté comme plus flexible, doit également réduire la pression exercée sur les familles et multiplier les parcours possibles pour les élèves.
Pour le ministre, « la stabilité d’un système éducatif conduit au gel des idées et à l’élargissement du fossé entre les générations ».
Une reconnaissance internationale encourageante
La conférence a aussi donné lieu à un soutien appuyé des partenaires internationaux.
La représentante de l’UNICEF en Égypte, Natalia Rossi, a salué une réforme qu’elle qualifie parmi « les plus ambitieuses de la région ».
Selon elle, les premiers indicateurs traduisent « un véritable changement dans l’expérience scolaire des enfants ». Elle a notamment souligné la progression de la fréquentation, l’amélioration du climat scolaire et les premiers effets des nouveaux programmes.
L’organisation a annoncé que l’Égypte figurait parmi les premiers pays retenus dans une initiative mondiale consacrée à l’éducation numérique et à l’intelligence artificielle. Une enveloppe d’un million de dollars sur deux ans doit accompagner cette coopération.

Entre résultats revendiqués et défis persistants
Si les autorités mettent en avant une dynamique positive, elles reconnaissent que la transformation reste inachevée. Le Premier ministre lui-même a rappelé que les trajectoires de pays souvent cités comme modèles, tels que Chine, Singapour ou Malaisie, se sont construites sur plusieurs décennies.
Le gouvernement admet également son insatisfaction quant au classement actuel du pays en matière de capital humain. Au-delà des statistiques, l’enjeu demeure celui de la durabilité : maintenir l’effort d’investissement, former durablement les enseignants et transformer les réformes administratives en acquis concrets pour plusieurs générations d’élèves.