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Editos

L’islam et la liberté d’opinion et d’expression (7)

Le Dialogue


La légitimité de la pluralité
Si nous avons montré dans les épisodes précédents que la foi, dans la conception coranique, est un acte libre — qui ne s’impose pas et ne s’arrache pas par la force — alors la question logique suivante se pose :
Si Dieu a laissé à l’être humain la liberté de croire,
pourquoi n’a-t-Il pas créé les hommes avec une seule opinion,
une seule croyance,
et une seule compréhension ?
Autrement dit :
la divergence est-elle une erreur accidentelle dans l’existence humaine ?
Ou fait-elle partie intégrante de sa conception ?
La divergence… une décision divine
Le Coran apporte une réponse explicite, qui ne laisse guère place à l’ambiguïté :
« Si ton Seigneur l’avait voulu, Il aurait fait des hommes une seule communauté ; mais ils ne cessent d’être en désaccord. »
(Sourate Hûd, 11:118)
Le verset ne se contente pas de constater la réalité de la divergence ;
il la relie directement à la volonté divine.
La divergence n’est donc pas le résultat de la corruption des hommes,
ni d’un égarement des esprits,
ni d’une conspiration de l’histoire.
Elle est une réalité existentielle voulue par Dieu.
S’Il avait voulu unifier les hommes par contrainte, Il l’aurait fait.
Mais Il ne l’a pas fait.
Ici, comme dans la question de la foi, le sens est le même :
la puissance divine est totale,
mais la liberté est intentionnelle.
Pourquoi la divergence ?
Le Coran ne présente pas la divergence comme un fardeau dont il faudrait se débarrasser,
mais comme une condition de l’épreuve humaine :
« Si Dieu l’avait voulu, Il aurait fait de vous une seule communauté, mais Il a voulu vous éprouver par ce qu’Il vous a donné. »
(Sourate Al-Mâ’ida, 5:48)
L’épreuve ne réside ni dans l’obéissance aveugle,
ni dans l’uniformité parfaite,
mais dans la manière de gérer la divergence.
L’être humain n’est pas éprouvé lorsqu’il répète ce que tout le monde dit,
mais lorsqu’il choisit sa position
et en assume la responsabilité
au milieu de la pluralité des opinions et des visions.
De la divergence au conflit : où s’est produit le glissement ?
Le problème n’a jamais été l’existence de la divergence,
mais sa transformation en menace.
Lorsque la divergence est perçue comme un danger pour la foi,
ou comme une atteinte à « l’unité de la communauté »,
ou encore comme une déviation du « droit chemin »,
une chaîne de catastrophes commence :
la question est criminalisée,
l’opinion est accusée de trahison,
l’expression est réprimée,
la diversité est présentée comme une fitna.
À ce moment-là, la religion cesse d’être un cadre moral commun
et se transforme en instrument de tri et d’exclusion.
La religion craint-elle la divergence ?
Le Coran répond par une négation catégorique.
Le discours coranique lui-même repose sur le dialogue,
la présentation d’arguments
et la discussion respectueuse avec ceux qui ne partagent pas la même position :
« Appelle au chemin de ton Seigneur avec sagesse et bonne exhortation, et discute avec eux de la meilleure manière. »
(Sourate An-Nahl, 16:125)
Si la divergence constituait un danger pour la religion,
le Coran n’aurait pas appelé au débat.
Une religion qui a besoin de faire taire l’opposant pour survivre
n’est pas une religion forte,
mais un discours fragile qui redoute le dialogue.
Divergence et liberté d’opinion
Dès lors, la liberté d’opinion n’est pas seulement un droit civil
ou un luxe culturel.
Elle devient une nécessité religieuse dans un monde créé dans la diversité.
L’opinion différente n’est pas une rupture avec l’ordre de la création,
mais une expression de celui-ci.
Imposer une seule opinion,
une seule compréhension
ou une seule interprétation
n’est pas défendre la religion,
c’est se rebeller contre la logique même de la création.
Pourquoi certains courants ont-ils combattu la divergence ?
Parce que la divergence dérange le pouvoir :
elle dérange le pouvoir politique, qui n’aime pas être interrogé ;
elle dérange le pouvoir religieux, qui craint de perdre son monopole ;
elle dérange les organisations idéologiques, qui reposent sur la discipline plutôt que sur la discussion.
Ainsi, la peur de la divergence s’est transformée en discours religieux,
puis en jurisprudence,
puis en pratique répressive
faussement attribuée à l’islam.
Que dit clairement le Coran ?
Il affirme que :
la divergence est une réalité inévitable ;
la pluralité est une loi, non une anomalie ;
le dialogue est la règle, non l’exception.
« Et en ce sur quoi vous divergez, le jugement appartient à Dieu. »
(Sourate Ash-Shûrâ, 42:10)
Autrement dit :
ni à l’épée,
ni à la prison,
ni à l’excommunication.
Conclusion
Dieu n’a pas créé les hommes différents par hasard.
Il ne leur a pas donné la raison pour qu’ils se taisent,
ni la liberté pour qu’ils l’abolissent.
Dans la conception coranique, la divergence
n’est pas un problème à éliminer,
mais une réalité qui exige une gestion éthique et rationnelle.
Sans la reconnaissance de la légitimité de la divergence,
parler de liberté d’opinion en islam n’a tout simplement aucun sens.
Dans le prochain épisode :
Nous poserons la question la plus sensible :
Comment une divergence légitime s’est-elle transformée en conflit sanglant dans l’histoire islamique ?
Et où s’est perdue la frontière entre diversité et affrontement ?

Le Caire - 17 heures, heure d’Al-Mahroussa.