Une lecture posée du dossier des négociations irano-américaines, loin des surenchères nationalistes irréalistes
Sur fond de blocus naval américain des ports iraniens et d’échanges de déclarations incendiaires entre les dirigeants iraniens et américains, tous les regards se tournent aujourd’hui vers Islamabad, où se prépare une deuxième session de négociations entre Téhéran et Washington. Cette session est organisée sous parrainage pakistanais, avec en coulisses l’appui de l’Égypte, de la Turquie et de la Chine.
Le président américain Donald Trump a qualifié cette session de « dernière chance », avertissant l’Iran que, si ces pourparlers venaient à échouer, il mettrait à exécution sa menace de détruire les installations énergétiques, les infrastructures vitales et les ponts du pays, conformément à une liste d’objectifs préétablie et coordonnée avec la partie israélienne.
La réalité est qu’un certain nombre de questions substantielles doivent être tranchées lors de cette session, ou de celles qui suivront. À défaut, nous nous dirigeons collectivement vers une issue catastrophique : le retour à la guerre — aujourd’hui, demain ou dans un ou deux ans.
1. Le sort du stock d’uranium enrichi
La première de ces questions concerne le sort du stock iranien d’uranium enrichi à 60 %, dont la quantité s’élève à environ 440 kilogrammes, selon les rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Washington exige le transfert de ce stock hors du territoire iranien, tandis que les médiateurs envisagent la possibilité d’en expédier une partie vers un pays tiers et d’appauvrir le reste (« down-blending ») à l’intérieur de l’Iran, sous un contrôle international renforcé, afin de le rendre compatible avec des usages pacifiques.
Ce qui complique encore le tableau, c’est que l’ensemble du stock iranien d’uranium enrichi, tous niveaux confondus, avoisine les deux mille kilogrammes — une réalité qui laisse présager la poursuite d’un bras de fer tendu sur ce dossier, jusqu’à ce qu’une solution satisfaisant toutes les parties soit trouvée : Washington, Téhéran et la communauté internationale.
2. Le sort des grands sites d’enrichissement
La deuxième question porte sur les trois grandes installations nucléaires iraniennes : Natanz, Fordo et Ispahan — les sites chargés de l’enrichissement de l’uranium et qui abritent les cascades de centrifugeuses nécessaires à cet effet.
Washington insiste sur un démantèlement complet de ces capacités, et va même plus loin dans une proposition récente appelant à la création d’un « consortium nucléaire régional », dans le cadre duquel les opérations d’enrichissement à des fins pacifiques seraient menées dans les pays voisins du Golfe (comme les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite), sous supervision internationale. L’objectif est d’éviter que ne se reproduise une crise d’enrichissement clandestin sur le sol iranien, comme après l’accord de Vienne de 2015.
Le débat actuel porte sur la durée du gel de l’enrichissement : Washington réclame vingt ans, tandis que Téhéran n’en propose que cinq. Les médiateurs s’efforcent de combler cet écart. À mon sens, si cette question n’est pas tranchée à la racine, nous avancerons comme un funambule sur un fil usé, d’un pas incertain.
3. La portée des missiles balistiques iraniens
La troisième question — non moins importante que les deux précédentes — concerne la portée des missiles balistiques iraniens. Washington et Tel-Aviv, accompagnés de plusieurs capitales européennes et, aujourd’hui, des États du Golfe, insistent pour plafonner cette portée à un niveau raisonnable, suffisant uniquement à la défense des frontières iraniennes et des eaux internationales, sans menacer les capitales régionales.
De son côté, Téhéran s’accroche aux notions de sécurité nationale et de souveraineté, ainsi qu’au principe de dissuasion. Dans ce bras de fer, les médiateurs tentent de rapprocher les points de vue. Tout report dans la résolution de ce dossier nous ramènera, tôt ou tard, à la case départ.
4. Le dossier des relais iraniens dans la région
La quatrième question — tout aussi capitale — est celle des relais et des bras armés iraniens dans la région. Il est inconcevable — du point de vue européen, américain, des pays du Golfe et de nombreux autres États — que l’Iran exerce une telle influence sur des États entiers : le Liban via le Hezbollah, le Yémen via les Houthis, l’Irak via des factions chiites armées, en les utilisant comme instruments dans son équation de dissuasion régionale.
Cela affaiblit les capacités des États concernés et sape leur autorité sur leur propre territoire — une situation que la communauté internationale refuse. Le monde exige une réduction de l’influence iranienne sur ces groupes, la fin de leur financement et de leur armement, ainsi que la concentration des armes entre les seules mains des États concernés. Téhéran s’y oppose, ce qui nous maintient face à un mur prêt à s’effondrer à tout moment.
5. Le casse-tête du détroit d’Ormuz
Au cœur de la guerre des quarante jours est apparu un nouvel élément ayant accentué les tensions : le détroit d’Ormuz. Ce passage maritime international ne peut être contrôlé de manière exclusive par aucun État. Par conséquent, l’Europe, la Chine, la Russie, les États-Unis et les pays du Golfe — autrement dit, la communauté internationale — adopteront une position ferme sur cette question.
Ce passage ne saurait être soumis à un contrôle unilatéral, qu’il s’agisse d’imposer des droits de passage (comme Téhéran a tenté de le faire à travers ce qui a été appelé le « péage d’Ormuz ») ou d’y restreindre la circulation des navires.
L’Iran propose de nouveaux arrangements concernant le détroit, rejetés par la communauté internationale. Ce dossier pourrait constituer un levier de négociation pour Téhéran, mais il risque davantage de compliquer la crise que de la résoudre, en raison du consensus international en faveur de la liberté de navigation. À cela s’ajoute, selon certaines informations, la perte de contrôle d’une partie des mines marines déployées par l’Iran, transformant la crise en une menace directe pour la sécurité maritime.
6. La nouvelle équation du Golfe
La guerre des quarante jours a fait émerger une nouvelle équation : celle de la sécurité du Golfe. Les attaques menées contre les États du Golfe — près de 2 800 missiles et drones en quarante jours — ont profondément ébranlé la région et la confiance des voisins envers l’Iran.
Téhéran doit désormais fournir des garanties internationales contraignantes selon lesquelles il ne prendra plus le Golfe en otage dans une logique de dissuasion ou de confrontation.
Plusieurs États du Golfe ont demandé des compensations pour les dommages subis, notamment les Émirats arabes unis, qui ont réclamé environ six milliards de dollars. En réponse, l’Iran a également formulé des demandes de compensation à l’encontre de certains États du Golfe.
Il me semble difficile d’aboutir à une solution durable sans une participation directe — ou au minimum une prise en compte réelle — des positions des pays du Golfe dans ces négociations.
La nécessité de solutions radicales
Ces pourparlers doivent impérativement aboutir à des solutions concrètes. À défaut, toute solution partielle ne ferait que repousser l’échéance du conflit.
Car l’Iran pourrait reprendre ses activités sensibles, Israël réagirait, et un cycle de confrontation s’installerait à nouveau. Nous resterions prisonniers d’un cercle vicieux menant à une guerre dévastatrice.
L’unique issue : que l’Iran revoie ses calculs
La seule solution, selon moi, est une révision profonde de la doctrine iranienne, en faveur du développement interne plutôt que de l’expansion régionale.
Dans cette perspective, l’Iran pourrait :
Réclamer des réparations de guerre.
Obtenir la libération de ses avoirs gelés.
Exiger la levée des sanctions.
Limiter son programme nucléaire à des usages pacifiques sous contrôle international.
Développer des partenariats économiques avec les pays du Golfe.
Réorienter ses dépenses vers le développement national.
Telle est, à mes yeux, la voie susceptible de transformer durablement l’Iran en une puissance régionale stabilisatrice.
À défaut, le risque est celui d’un effondrement progressif — sinon du pays, du moins de son système politique — sous le poids de conflits répétés.
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