Ministre égyptien des Waqfs (Affaires religieuses), Osama Al-Azhari défend une conception du religieux à la fois enracinée dans l’histoire du pays et tournée vers l’avenir. Dans cet entretien accordé au Dialogue, il expose sa volonté de « reconstruire l’être humain égyptien », de combattre les extrémismes religieux comme antireligieux et de renouer avec ce qu’il considère comme les fondements de la personnalité égyptienne. Il évoque également le soufisme, la restauration des mosquées des Ahl al-Bayt (les Gens de la Maison, c’est-à-dire la famille et les proches du prophète Mohammed), le projet du Caire historique, le succès de Dawlat al-Tilawa (« L’État de la récitation ») et les projets numériques de son ministère, jusqu’à l’intelligence artificielle.
Le Dialogue : Le ministère des Affaires religieuses accorde une grande importance à la préservation de la personnalité religieuse égyptienne. Comment entend-il y parvenir dans un contexte mondial en pleine mutation ?
Osama Al-Azhari : Cette question renvoie à l’un des axes centraux de la stratégie du ministère des Awqaf. Depuis notre prise de fonctions, nous avons défini quatre objectifs autour desquels s’articule l’ensemble de notre action, qu’il s’agisse du travail des imams et des prédicateurs, des conférences, des rencontres ou des cours.
Le premier consiste à éteindre les foyers de l’extrémisme religieux, à combattre ses manifestations et à déconstruire ses idées. L’ensemble des activités de nos imams doit s’inscrire dans cette perspective.
Le deuxième axe est la lutte contre une autre forme d’extrémisme, que nous qualifions de non religieux, et dont nous avons observé certaines manifestations dans le comportement quotidien de l’Égyptien. Nous travaillons sur ce sujet en coordination avec neuf ministères. Nous avons identifié quarante et un comportements sur lesquels il nous faut agir : circulation à contresens, non-respect des limitations de vitesse, franchissement des feux rouges, utilisation du téléphone au volant, jets de pierres sur les trains, fraude aux examens, harcèlement, intimidation, mauvais traitement des touristes, addiction aux jeux vidéo ou encore dépendance numérique.
Le troisième axe est la construction de l’être humain. Le quatrième est la fabrication de la civilisation. Ces quatre orientations constituent désormais le cadre général de notre action.

Comment cette politique entend-elle reconstruire la personnalité égyptienne et en retrouver les traits originels ?
Nous avons commencé par consulter les principaux ouvrages qui permettent de comprendre les transformations intervenues dans la personnalité égyptienne au cours du siècle dernier. Nous avons notamment relu Que s’est-il passé aux Égyptiens au cours des cinquante dernières années ? de Galal Amin, Le secret des transformations de la personnalité égyptienne d’Azza Ezzat, Les sept piliers de la personnalité égyptienne de Milad Hanna, Anatomie de la personnalité égyptienne d’Ahmed Okasha, ainsi que les travaux de Gamal Hamdan, La Lettre de l’Égypte et La Formation de l’Égypte de Shafik Ghurbal, ou encore L’Égypte et sa mission de Hussein Mu’nis.
Cette lecture nous a permis d’identifier certains des ressorts fondamentaux de la personnalité égyptienne traditionnelle : une religiosité simple, tolérante, généreuse, profondément attachée à la morale, à l’amour, à l’altruisme, au pardon et à la bienveillance.
C’est à partir de ce constat que nous avons commencé à travailler sur ce dossier. Notre objectif est, si Dieu le veut, de restaurer la mémoire égyptienne et de retrouver cette identité religieuse authentique qui s’est enracinée dans la société au cours de quatorze siècles, avant d’être progressivement brouillée, au cours des dernières décennies, par certains courants de pensée religieuse extrémiste.
Quel rôle le soufisme peut-il jouer dans cette reconquête de l’identité égyptienne ?
Le mot « soufisme » a subi beaucoup d’attaques et de déformations. Or le soufisme entendu comme purification intérieure, éthique, savoir-vivre et combat contre les aspérités de l’âme humaine est une dimension essentielle de la religion.
Il consiste à débarrasser l’être humain de la haine, de l’envie, de l’orgueil, de la suspicion et de l’animosité, pour remplir son âme de douceur, de noblesse et de bienveillance. En ce sens, il touche au cœur même du religieux. Mais il correspond aussi profondément à la sensibilité et à la conscience égyptiennes.
L’Égyptien vit depuis toujours au bord du Nil, entouré de verdure, de cultures et de croissance. Il entretient également un rapport ancien au ciel et au monde invisible, depuis l’Égypte pharaonique et le Livre des morts, à travers les différentes étapes de l’histoire égyptienne.
Ces composantes profondes de la psychologie égyptienne rencontrent directement ce que j’appellerais le souffle soufi authentique : ne sois pas orgueilleux, ne nourris pas de haine, sois exigeant dans ce que tu accomplis, garde Dieu présent dans chacun de tes actes, sois beau et tu verras la beauté du monde.
Les vertus morales et la loi religieuse constituent donc le cœur de cette tradition. Nous allons d’ailleurs entrer dans le mois de Rabia al-Awwal (premier mois du calendrier islamique), celui du Mawlid (la naissance du Prophète), qui est aussi, à mes yeux, le mois de l’éthique.
Les Égyptiens entretiennent un lien particulier avec les Ahl al-Bayt. Comment distinguer le soufisme sunnite authentique des pratiques qui ont pu lui être associées ?
La religiosité égyptienne s’est construite autour du soufisme avec la même intensité qu’autour d’Al-Azhar al-Sharif (Al-Azhar), qui représente le savoir.
Le soufisme égyptien est un soufisme fondé sur la connaissance. Depuis mille ans, Al-Azhar a réussi à préserver cette identité en la maintenant constamment soumise à l’exigence du savoir. Chez l’Égyptien, le soufisme n’a jamais été séparé de la science religieuse.
Le savoir a précisément permis de préserver le soufisme de toute dérive. Il l’a maintenu attaché à la profondeur de la loi religieuse, dont il s’inspire et vers laquelle il tend.
Ainsi, la religiosité égyptienne imprégnée de soufisme est demeurée profondément nourrie par le savoir. Le soufisme est devenu l’un des traits les plus authentiques de la sensibilité religieuse égyptienne, tandis que la connaissance en a été le gardien.
C’est ce qui nous a permis, en tant qu’Égyptiens, d’entretenir notre amour des Ahl al-Bayt et des saints sans tomber ni dans le rejet ni dans l’excès.
Le président Abdel Fattah Al-Sissi a engagé d’importants travaux de restauration des mosquées des Ahl al-Bayt. Quelle portée accordez-vous à cette politique ?
L’attention portée par le président Abdel Fattah Al-Sissi aux mosquées des Ahl al-Bayt est manifeste : de la restauration et de l’inauguration de la mosquée Al-Hussein à l’attention portée aux mosquées de Sayyida Zeinab et de Sayyida Nafissa, en passant par les travaux consacrés à la mosquée de Sayyida Aïcha bint Jaafar al-Sadiq.
Cette politique concerne également les grandes mosquées du pays, notamment la mosquée d’Égypte, la mosquée Al-Ali Al-Azim et la mosquée Al-Aziz Al-Hakim.
Je voudrais citer également la mosquée de Sayyida Ruqayya. À l’intérieur se trouve une petite stèle funéraire consacrée à l’imam et érudit Muhammad Murtada Al-Zabidi. Elle est presque discrète, à droite avant l’accès au mausolée.
Le président suit de manière constante l’action du ministère des Awqaf, aussi bien dans le domaine religieux que dans les autres secteurs. Sa présence aux cérémonies de remise des diplômes des premières promotions d’imams et de prédicateurs formés à l’Académie militaire égyptienne en témoigne, tout comme ses directives répétées en faveur de la formation, de la qualification et de la sélection des meilleurs profils.
Il accorde également une attention constante aux Ahl al-Bayt, ainsi qu’à l’Autorité des Awqaf, à la valorisation de ses actifs et à l’amélioration de leur gestion.
Cette attention présidentielle et ce suivi permanent constituent, à mes yeux, l’un des principaux soutiens à notre capacité à réussir.
Ces dernières années, les mosquées des Ahl al-Bayt ont connu une transformation spectaculaire. Que disent ces projets de la vision de l’État ?
Ils témoignent d’une vision profondément ancrée dans la réalité et particulièrement attentive à la psychologie, à l’histoire et à la mémoire des Égyptiens.
Il s’agit d’une manière de préserver une compréhension tolérante de la religion et de présenter ce que la religiosité égyptienne peut produire de plus élevé, notamment à travers la restauration des mausolées et des mosquées des Ahl al-Bayt.
Il y a quelques semaines, nous avons célébré le renouvellement des tapis de la mosquée Al-Hussein. Ce geste peut sembler matériel, mais il exprime aussi une forme de considération et d’hospitalité envers les fidèles : les maisons de Dieu doivent être entretenues et offertes aux croyants dans les meilleures conditions.
Ces projets témoignent surtout d’une conscience profonde, au sein de l’État égyptien, de ce que j’appelle le patrimoine génétique d’une religiosité tolérante qui s’est constituée au fil de quatorze siècles.
La restauration des mosquées des Ahl al-Bayt relève-t-elle uniquement de la préservation du patrimoine religieux ?
Non. Lorsque l’on élargit le regard, on constate que la politique menée ne concerne pas seulement les mosquées.
Après Al-Hussein, Sayyida Zeinab et Sayyida Nafissa, le président porte également une attention particulière au projet du Caire historique. Le quartier de la Citadelle est en cours de développement, tout comme la citadelle de Muhammad Ali et les espaces entourant la mosquée du sultan Hassan.
Des travaux concernent également la nécropole de l’imam Jalal al-Din Al-Suyuti, ainsi que les coupoles et minarets historiques qui l’entourent.
La zone de Sayyida Nafissa est elle aussi appelée à devenir un site d’envergure internationale. La restauration de la mosquée de Sayyida Aïcha a par ailleurs été achevée en coopération avec le ministère du Tourisme et des Antiquités et la fondation Mawadda.
Nous passons donc progressivement de la préservation des mosquées à celle de l’ensemble des monuments historiques et des lieux de mémoire. L’enjeu est de faire apparaître la dimension civilisationnelle de cette histoire.
Vous accordez une place particulière à Murtada Al-Zabidi. Quel est, selon vous, son apport au projet civilisationnel égyptien ?
Al-Zabidi est une personnalité exceptionnelle. Il est né en Inde, où il a commencé ses études, puis s’est rendu à Zabid, au Yémen, où il a vécu plusieurs années et dont il a pris le nom. Il a ensuite séjourné dans les villes saintes avant de venir en Égypte, où il a passé le reste de sa vie et où il est mort.
C’est en Égypte que son œuvre a véritablement pris toute son ampleur. Il a repris le Qamus al-Muhit d’Al-Firuzabadi, l’un des dictionnaires arabes les plus complexes, pour en faire le monumental Taj al-Arus, publié au Koweït en quarante volumes.
Son premier pilier est donc la philosophie de la langue.
Il s’est ensuite consacré à l’éthique en commentant La Revivification des sciences de la religion d’Al-Ghazali dans une œuvre de quinze volumes, Ithaf al-Sada al-Muttaqin. Puis il a travaillé sur les sciences du hadith et sur les méthodes de vérification et d’authentification.
Il est mort en Égypte en 1205 de l’Hégire, huit ans avant l’expédition française.
Un chercheur allemand, Stephen Rosenthal, lui a consacré un ouvrage et a étudié sa vie pendant dix-sept ans. Son université en Allemagne aurait consacré trois millions d’euros à ses recherches.
Ce parcours résume bien ce que j’entends par projet civilisationnel : la science du hadith lui a appris la vérification et la rigueur ; la science de la langue, la compréhension et la transmission ; la science de l’éthique, la préservation des valeurs par la connaissance. Il s’agit d’un projet intellectuel et civilisationnel complet.
Et qu’en est-il de Cheikh Hassan Al-Attar ?
Hassan Al-Attar, qui fut lui aussi cheikh d’Al-Azhar, a développé un projet civilisationnel fondé sur la technologie.
Il n’était pas seulement un savant religieux. Il a écrit sur l’ingénierie, l’astronomie, la médecine, le calcul et les mathématiques. Une partie de ses manuscrits est toujours conservée.
Après l’expédition française, il entreprit un vaste voyage dans le monde musulman avant de revenir en Égypte, où il mourut en 1250 de l’Hégire.
Lorsqu’il observa les laboratoires français, il comprit les principes scientifiques qui sous-tendaient certaines de leurs inventions. Mais il lui manquait le passage décisif : transformer la compréhension scientifique en outil, en invention et en technologie.
C’est dans cette perspective qu’il orienta Rifa’a Al-Tahtawi vers Paris pour acquérir certaines connaissances et envoya également son disciple Ayyad Al-Tantawi en Russie.
Son projet civilisationnel reposait donc sur la technologie, l’invention et la capacité à transformer la compréhension des sciences rationnelles et mathématiques en machines et en outils.
Comment le ministère répond-il aux critiques visant la tradition soufie égyptienne ? Et quelles sont les règles religieuses encadrant la visite des mausolées ?
Nous y répondons par le savoir, l’explication, l’exemple et la bonne conduite.
La visite doit être clairement inspirée de la tradition prophétique. Elle doit se faire dans la dignité, le respect et le recueillement, sans tapage, sans exagération, sans hostilité ni transgression.
La bonne visite est celle qui remplit le cœur de présence, de crainte révérencielle et de beauté, tout en protégeant la conscience du croyant de toute atteinte au principe de l’unicité divine. Elle permet simultanément de préserver l’amour des pieux, des awliya (saints et savants de l’islam).
C’est cet équilibre que nous défendons et que les Égyptiens ont, grâce à Dieu, su préserver au fil de leur histoire.
« Dawlat al-Tilawa » (« L’État de la récitation ») est devenu un véritable phénomène. Que représente ce programme pour votre ministère ?
« Dawlat al-Tilawa » n’est plus une initiative du ministère des Awqaf. C’est devenu un projet national égyptien.
Il a réussi à redonner aux Égyptiens un sentiment profond de confiance en eux-mêmes et de fierté à l’égard de leurs talents. Il a réuni les familles égyptiennes autour d’une compétition mettant en valeur les voix les plus remarquables dans la récitation du Coran.
Il a également permis de raviver l’héritage de l’école égyptienne de la récitation, du chant religieux, de l’invocation et de l’éloge du Prophète, une tradition qui participe profondément à la préservation de la sensibilité égyptienne.
Nous espérons, avec davantage d’attention et de travail, faire émerger une nouvelle génération comparable aux grandes figures de la récitation égyptienne : Cheikh Muhammad Rifaat, Al-Minshawi, Al-Hussary ou Abdul Basit.
Lors de la célébration de la Nuit du Destin l’année dernière, en présence du président, nous avions annoncé que l’émission avait atteint 3,7 milliards de vues. Le dernier bilan dépasse désormais cinq milliards de vues au cours des derniers mois.
Nous avons lancé les préparatifs de la deuxième saison et constatons un engouement encore plus important. Les nouveaux talents sont, eux aussi, extraordinaires.
Aviez-vous imaginé une telle réussite ?
Non. Tout ce que nous espérions ou imaginions comme réussite a été dépassé de très loin par la réalité.
C’est une grâce immense de Dieu.
Sur le plan personnel, que représente « Dawlat al-Tilawa » pour vous ?
Ce qui me réjouit le plus, c’est d’avoir vu naître de nouveaux ambassadeurs de l’Égypte.
Ces voix sont, à mes yeux, des ambassadeurs de notre pays à l’étranger. Elles constituent aussi une forme d’exportation de l’identité égyptienne.
Comment le ministère entend-il s’adresser aux nouvelles générations ? Quel rôle accordez-vous au numérique ?
Le discours destiné aux jeunes générations obéit à des paramètres très différents de ceux du discours traditionnel.
Depuis mon arrivée au ministère, nous avons accordé une attention particulière à sa plateforme numérique. Nous avons travaillé intensivement à son développement et avons réussi, en quelques mois, à la lancer officiellement en présence du premier ministre au centre médiatique du Conseil des ministres.
Depuis, nous continuons à enrichir cette plateforme.
Nous accordons également une grande importance aux enfants. La prochaine édition de la Foire du livre réservera des surprises importantes concernant le discours du ministère à destination de la jeunesse. Dans les mosquées de toute la République, notamment pendant l’été, nous avons également multiplié les activités destinées aux enfants.
Nous travaillons aussi sur le rôle des prédicatrices et sur les contenus destinés à la famille et aux femmes égyptiennes, afin d’accompagner l’enfant dès les premières étapes de son développement.
Dans la prochaine phase, nous souhaitons traduire l’ensemble des contenus numériques de la plateforme dans plusieurs langues, à commencer par l’anglais.
Nous travaillons également au lancement d’une application du ministère et étudions la possibilité de développer un outil fondé sur l’intelligence artificielle, capable de proposer sur notre plateforme une interface conversationnelle comparable à ChatGPT.
Nous envisageons également un chatbot propre au ministère, alimenté exclusivement par les sources de référence de notre patrimoine islamique. L’objectif est de pouvoir garantir que les réponses générées par l’intelligence artificielle respectent une méthodologie scientifique et religieuse rigoureuse.
Que signifie concrètement, pour vous, le « renouveau du discours religieux » ?
Le renouveau est une formule immense et essentielle. Mais il faut la transformer en procédures et en mécanismes de travail.
Notre première traduction concrète de cette idée a été de définir les quatre axes dont nous avons parlé : combattre l’extrémisme religieux et l’extrémisme non religieux, construire l’être humain et contribuer à la fabrication de la civilisation.
Chacun de ces axes donne lieu à des actions concrètes, aussi bien sur le terrain que dans l’espace numérique.
Nous avons déjà commencé à mettre en œuvre ce que l’on pourrait appeler une politique de renouveau. « Dawlat al-Tilawa » pourrait en constituer l’une des premières manifestations visibles.
Nous espérons que l’ensemble de nos efforts nous permettra de poursuivre dans cette direction.
Quelle différence faites-vous entre le renouveau et la remise en cause des fondamentaux ?
Cheikh Muhammad Abu Zahra, que Dieu lui fasse miséricorde, disait en substance que le renouveau consiste à débarrasser la religion des compréhensions erronées et des illusions qui s’y sont attachées, afin qu’elle retrouve sa pureté originelle.
Le renouveau consiste donc à réintroduire les finalités de la loi religieuse dans la sphère du comportement humain, et à rendre visibles les vertus et les beautés de cette tradition dans la société.
En revanche, s’en prendre à la méthodologie de la pensée islamique et aux finalités de la loi religieuse, les mépriser ou les combattre au nom d’un discours extrémiste ou terroriste qui prétend être religieux, ce n’est pas du renouveau.
C’est, au contraire, une destruction de la finalité même du religieux.
Vous portez presque toujours une misbaha (le chapelet de prière). Que représente-t-elle pour vous ?
Elle est liée à une conviction profonde : celle que la mort peut survenir à n’importe quel instant.
Lorsque viendra le moment de partir, la seule porte de l’espérance et de la rencontre avec Dieu que je considère comme véritablement sûre est l’abondance du dhikr (le rappel de Dieu).
C’est mon refuge et mon point d’appui.
C’est pourquoi je garde constamment ma misbaha auprès de moi. Elle m’aide à demeurer dans le souvenir de Dieu et à me préparer au jour du départ.
La présence de nombreux livres dans votre voiture a suscité beaucoup de commentaires. D’où vient cette bibliothèque mobile ?
J’ai d’abord été surpris : je me suis demandé comment les gens avaient pu savoir quels livres se trouvaient dans ma voiture. Puis j’ai compris qu’il s’agissait simplement d’une image saisie au passage.
Mais la réalité est que, depuis mon enfance, on m’a transmis le goût de la lecture et l’habitude de vivre entouré de livres.
Où que je sois, les livres m’accompagnent. Ils sont autour de moi dans mon lieu de travail comme dans mon lieu de vie.
J’ai consacré à ma bibliothèque des espaces spécifiques, car elle est trop importante pour tenir dans une seule maison. Elle est répartie dans plusieurs lieux et je m’efforce constamment de la classer, de la cataloguer et de l’organiser.
Il m’arrive aussi d’avoir besoin, à tout moment, de consulter certains ouvrages ou de vérifier une question précise. Lorsque le temps me manque pour me rendre dans l’un des lieux où se trouvent mes livres, mon iPad devient une véritable bibliothèque mobile.
Il contient environ six à sept mille titres, parmi les ouvrages auxquels je dois pouvoir accéder régulièrement.

Quels domaines de lecture vous attirent le plus, notamment en dehors de votre activité professionnelle ?
La psychologie, le droit, la philosophie, la poésie — je suis passionné de poésie — mais aussi l’astronomie et les sciences de l’Univers.
Je suis attentif à tout ce qui s’y publie, car ces disciplines peuvent avoir, selon moi, un effet profond sur la foi et sur le sentiment de crainte révérencielle devant Dieu.
Je lis également beaucoup de philosophie et de littérature, qu’il s’agisse des grands classiques, des écoles contemporaines ou de la littérature traduite.
Et puis il y a l’histoire. C’est l’un des domaines auxquels je ne me lasse jamais de revenir. L’histoire éclaire le chemin de l’homme vers l’avenir.