Des dossiers pas encore clos
L’Égypte : de cible à abattre à front d’épuisement
Depuis la rupture du processus en 2013, l’Égypte n’est jamais sortie du cercle des menaces, quels que soient les changements d’intitulés, les recompositions d’alliances ou les mutations des instruments employés.
Cela ne relevait ni du hasard, ni d’une vengeance politique passagère, mais d’une équation constante dans les calculs de puissance régionaux et internationaux :
Un État de la taille de l’Égypte, dès lors qu’il retrouve sa capacité de résilience, fait échouer des projets entiers dans la région.
L’Égypte n’est pas un cas… mais un étalon
Dans toutes les cartes de fragmentation dessinées pour la région, l’Égypte représentait l’exception dangereuse.
Car elle n’est :
ni un État rentier que l’on peut asphyxier facilement,
ni une entité confessionnelle vouée à la dislocation,
ni une société fragile dépourvue de mémoire nationale.
L’Égypte est un État central qui, lorsqu’il tient bon :
rétablit l’équilibre,
brise l’effet de contagion,
empêche la généralisation du modèle de l’État failli.
C’est pourquoi l’objectif a toujours été l’un des trois suivants :
la neutraliser,
l’épuiser,
ou la maintenir absorbée par ses propres crises.
De la chute du régime à l’épuisement de l’État
Dans les premières années qui ont suivi 2013, le pari reposait encore sur :
un effondrement politique,
un isolement international,
une pression directe.
Mais ce pari a échoué.
L’État :
ne s’est pas effondré,
n’a pas été isolé,
et n’a pas cédé.
C’est alors qu’a commencé le tournant le plus dangereux :
le passage de l’affrontement frontal à la guerre d’usure.
L’économie comme champ de bataille
Depuis le milieu de la décennie précédente, l’économie n’est plus un dossier technique : elle est devenue un terrain d’affrontement politique à part entière.
Le mécanisme était clair :
saper la confiance,
remettre en cause chaque projet,
amplifier la moindre crise,
ignorer toute amélioration.
L’objectif n’était pas seulement de freiner la croissance, mais de :
instaurer un sentiment permanent d’incertitude,
épuiser la société,
désorienter la décision,
attiser la frustration.
Monnaie, investissement, réputation
En 2026, nombre de campagnes visant :
la monnaie nationale,
la notation souveraine,
l’environnement d’investissement,
peuvent être lues comme faisant partie d’une bataille plus large, et non comme de simples débats économiques.
Car l’État qui perd la confiance des marchés :
perd une partie de sa souveraineté,
devient plus vulnérable aux pressions,
et plus exposé aux crises sociales.
C’est ce qui a fait de l’économie l’un des piliers de la sécurité nationale égyptienne, et non un dossier séparé.
Pourquoi la stratégie d’épuisement a-t-elle échoué ?
Parce qu’elle s’est heurtée à trois réalités :
la capacité de résilience de l’État et de la société,
la diversification des partenariats internationaux et le refus de la dépendance exclusive,
la redéfinition de la sécurité nationale pour inclure l’économie, l’énergie et la sécurité alimentaire.
En d’autres termes :
l’État a appris de ses coups, et n’a pas répété les mêmes erreurs.
L’Égypte dans la nouvelle équation du Golfe
En 2026, l’Égypte n’est plus, pour l’Arabie saoudite et les Émirats, un simple allié politique, mais :
un pilier de l’équilibre régional.
Toute secousse majeure en Égypte :
se répercute sur la mer Rouge,
affecte la sécurité énergétique,
rouvre les portes du chaos.
Dès lors, le soutien à la stabilité de l’État égyptien est devenu une composante de la sécurité du Golfe lui-même, et non un geste de courtoisie politique.
Un danger toujours présent
Tout cela ne signifie pas que la bataille est terminée.
Le danger aujourd’hui ne réside plus dans :
les débordements visibles,
les sit-in,
ou les organisations tapageuses,
mais dans :
la fatigue sociale,
la pression du coût de la vie,
et les tentatives de présenter l’échec comme une fatalité.
C’est là que se situe la véritable menace de la phase actuelle.
La leçon essentielle
L’Égypte n’a pas été ciblée parce qu’elle avait échoué,
mais parce qu’elle était capable de se relever.
C’est pourquoi, en 2026, la protection de l’État égyptien n’est plus seulement une responsabilité intérieure,
mais un élément fondamental de l’équation de la sécurité nationale arabe dans son ensemble.
Comment se mène la bataille à l’ère de l’après-chaos ?
En 2026, le monde arabe ne vit plus la phase d’explosion majeure qu’il a connue il y a plus d’une décennie, sans pour autant être entré dans une ère de stabilité achevée.
Nous sommes dans une phase plus complexe et plus dangereuse :
la phase de l’après-chaos.
Les régimes qui sont tombés sont tombés.
Les organisations qui ont été démasquées l’ont été.
Mais la véritable question n’est plus : qui est tombé ?
Elle est : qu’est-ce qui n’a pas encore été tranché ?
De l’ennemi déclaré à l’adversaire invisible
Auparavant, l’ennemi s’affichait :
des organisations aux noms connus,
des slogans tonitruants,
un discours mobilisateur direct.
Aujourd’hui, le paysage est radicalement différent.
L’adversaire en 2026 :
ne brandit aucun drapeau,
ne mène pas les cortèges,
ne revendique pas le pouvoir frontalement,
mais agit à l’intérieur :
des fissures sociales,
des crises économiques,
des contradictions culturelles,
et des états de frustration collective.
C’est un adversaire sans enseigne.
La guerre d’usure lente
Le plus dangereux aujourd’hui, c’est que le conflit ne vise plus à renverser l’État, mais à :
ralentir son mouvement,
perturber sa décision,
épuiser son capital moral.
Un État épuisé, même s’il demeure debout,
perd sa capacité d’initiative et d’influence.
Ainsi :
les rumeurs,
les campagnes numériques,
les rapports sélectifs,
les pressions économiques,
deviennent des instruments de guerre douce, aussi efficaces que les armes conventionnelles.
Pourquoi le chaos a-t-il échoué… et l’État survécu ?
La leçon majeure que l’on peut tirer jusqu’en 2026 est la suivante :
le chaos peut surprendre l’État, mais il est incapable de le gouverner.
Les États qui ont survécu ne l’ont pas fait parce qu’ils étaient uniquement plus forts militairement,
mais parce qu’ils ont :
reconstruit leurs institutions,
élargi leur conception de la sécurité nationale,
compris que la bataille était de longue haleine.
À l’inverse, les États qui se sont effondrés l’ont fait lorsque :
la confiance sociale s’est érodée,
les institutions se sont disloquées,
et qu’une vision fédératrice a fait défaut.
La conscience : première ligne de défense
En 2026, la conscience collective n’est plus un slogan culturel,
mais une nécessité sécuritaire.
Car une société qui :
comprend ce qui se trame autour d’elle,
distingue la critique légitime de la destruction méthodique,
saisit les limites des crises mondiales et locales,
est moins vulnérable à l’infiltration,
et plus apte à tenir.
La bataille la plus dangereuse aujourd’hui ne se déroule donc pas sur le terrain militaire, mais dans :
l’esprit,
la mémoire,
et le récit.
L’État moderne ou le retour à la spirale
Le monde arabe se trouve aujourd’hui à une croisée des chemins :
soit consolider le modèle de l’État moderne,
soit recycler les crises sous de nouvelles appellations.
L’État moderne ne signifie pas :
un État de répression,
ni un État de slogans,
mais :
un État de droit,
un État de développement,
un État d’égalité des chances,
un État d’identité nationale inclusive.
C’est là le véritable défi.
Golfe et Égypte : l’équation de la stabilité
En 2026, la stabilité de l’Égypte ou du Golfe n’est plus une affaire strictement nationale.
Elle s’inscrit dans une équation plus large :
sécurité de la mer Rouge,
sécurité énergétique,
équilibre régional.
Toute lecture sérieuse de la sécurité nationale arabe aujourd’hui doit donc prendre en compte :
l’interdépendance des destins,
l’imbrication des fronts,
l’unité de la menace.
De quoi faut-il se méfier ?
Le plus grand danger serait :
l’excès de confiance,
ou l’illusion que la bataille est terminée.
Car l’histoire récente nous a appris que :
le chaos n’annonce jamais son retour,
les organisations ne reviennent jamais sous le même nom,
et les projets avortés ne meurent pas : ils changent simplement de peau.
Conclusion et ouverture
Cette série n’a pas été écrite pour condamner le passé,
ni pour effrayer l’avenir,
mais pour affirmer une seule vérité :
l’État qui a tiré les leçons de ses crises,
investi dans la conscience de sa société,
et bâti ses institutions sur des fondations solides,
est capable de survivre… quelle que soit la forme du danger.
Quant à la région,
elle demeure en phase d’épreuve.
Épreuve de la mémoire,
épreuve de la conscience,
épreuve de la capacité à ne pas retomber, une fois encore, dans le même piège.
C’est pourquoi il était nécessaire de poursuivre, mais sous un nouveau titre fédérateur, portant sur :
le malentendu stratégique qui a empêché les États arabes de reconstruire les équilibres de puissance arabe après 2011.
Paris - 17h, heure du Caire.
Editos
Sécurité nationale arabe 7/10