Le 11 septembre… et les rencontres de « rassurance »
Immédiatement après les attentats du 11 septembre, une étude élaborée par le département politique de l’Organisation internationale des Frères musulmans soulignait la nécessité d’organiser rapidement des rencontres avec les Américains, afin d’exposer le point de vue du mouvement et de les convaincre que les Frères étaient totalement étrangers aux groupes ayant perpétré les attaques.
Mais les dirigeants de la confrérie – à en juger par les faits – savaient que la distance entre le discours de rassurance et les racines idéologiques demeurait inconfortable. Le lien doctrinal était évident à travers les idées de Sayyid Qutb, auxquelles la confrérie se réfère, et qui ont constitué une source d’inspiration pour de nombreux groupes terroristes, au premier rang desquels Al-Qaïda et ses deux dirigeants, Oussama ben Laden et Ayman al-Zawahiri.
Dans ce contexte, il convient de rappeler ce qu’écrivait al-Zawahiri dans « Cavaliers sous l’étendard du Prophète », à propos des dernières paroles de Qutb et de son refus de demander la grâce à Gamal Abdel Nasser. Cette posture est devenue, dans la littérature fondamentaliste, un « modèle » enseigné comme exemple de fermeté sur les principes. Il y évoque également la notion de hakimiyya, la bataille doctrinale et l’« ennemi intérieur » présenté comme l’instrument de l’ennemi extérieur.
Quant au lien organisationnel, il apparaît à travers la figure du Dr Abdullah Azzam : membre du Conseil consultatif de l’Organisation internationale et son émissaire en Afghanistan, considéré dans cette narration comme le « père spirituel » d’Al-Qaïda et de ben Laden.
L’idée, telle qu’exposée dans les propres mémoires d’Azzam, consistait à exploiter la présence massive de jeunes musulmans partis combattre en Afghanistan pour constituer une petite armée susceptible de devenir une force de déploiement rapide, que l’Organisation internationale utiliserait pour soutenir, selon son expression, les minorités musulmanes « opprimées » à travers le monde.
Azzam fut recruté pour cette mission en 1981, lors d’une réunion organisée à cet effet entre lui et Kamal El-Sanâniri, lequel lui transmit un message du Bureau de la Guidance en Égypte ainsi que son soutien.
Cette idée connut par la suite plusieurs mutations : du Bureau des services des moudjahidines à la « base de données » des combattants arabes.
Vient ensuite le tournant décisif : après l’assassinat d’Azzam, lorsque cette « base » passa du statut de fichier de données à celui d’organisation baptisée en référence à elle « Al-Qaïda », après l’appropriation du concept par al-Zawahiri et le groupe des « combattants égyptiens », puis son utilisation dans la confrontation avec les États-Unis, jusqu’aux événements de septembre 2001.
La rencontre avec le président Bush
Après les attentats du 11 septembre, les Frères musulmans sollicitèrent les dirigeants de la branche de l’Organisation internationale aux États-Unis, parmi lesquels le Dr Hassan Hathout, président de l’une des plus grandes organisations islamiques américaines, en raison de ses relations anciennes avec le président américain de l’époque.
Hathout fut ainsi le premier à accueillir George W. Bush au centre islamique affilié à l’organisation dans la capitale américaine, Washington, immédiatement après les attentats.
Par son intermédiaire, la confrérie adressa un message à l’administration américaine, affirmant sa capacité à contribuer à contenir la colère de la jeunesse musulmane et à l’orienter vers une activité positive, loin des dérives des groupes extrémistes — à condition que les États-Unis soutiennent la confrérie face aux gouvernements « dictatoriaux » des pays arabes.
Les rencontres se poursuivirent secrètement jusqu’à l’invasion de l’Irak. C’est ici qu’apparaît une autre étape importante et sensible dans ces relations :
À l’époque, Mohamed Mahdi Akef, en sa qualité de Guide général, décida d’orienter la branche irakienne de l’Organisation internationale — le Parti islamique irakien dirigé par Mohsen Abdul Hamid, ainsi que l’Union islamique du Kurdistan dirigée par Salah ad-Din Baha ad-Din — vers une coopération totale avec l’administrateur américain Paul Bremer, incluant la participation au gouvernement transitoire et l’approbation complète de la dissolution de l’armée irakienne.
Cette décision provoqua une crise majeure au sein de l’organisation en Irak et dans plusieurs autres pays, dont l’Égypte, où la confrérie participait à des manifestations condamnant l’invasion américaine.
Akef intervint alors par une décision ambiguë, affirmant que la participation des Frères au gouvernement transitoire en Irak relevait d’une affaire interne à la direction irakienne. Cette position entraîna des démissions et la formation de courants opposés en Irak même.
Le cheikh Harith al-Dhari rencontra Akef à deux reprises au Caire, exigeant la rupture des liens avec le gouvernement Bremer. Akef refusa, considérant qu’il s’agissait d’une affaire interne — dans une tentative de détourner l’attention de l’alliance alors en cours entre l’Organisation internationale et les États-Unis dirigés par George W. Bush.
Paris- 17heures, heure du Caire.
Editos
Les États-Unis et les Frères musulmans 9/11