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Économie - Énergie

*PARIS VS LONDRES : La guerre �conomique pour capter les banques du Golfe*

Le Dialogue

*Paris peut il devenir la capitale mondiale des banques?*

Analyse de Khaled Saad Zaghloul - Paris

La question n'est plus de savoir si le Golfe va investir en Europe. Mais où?. Et la réponse du Global Investment Summit 2026 est brutale : pour la première fois en trente ans, un sommet privé saoudien choisit Paris et non Londres pour lancer sa feuille de route mondiale 2026-2030.

Pendant trois décennies, Londres était la capitale financière naturelle du Golfe. B&S Investments, le groupe saoudien organisateur, vient de rompre avec cette tradition. Pourquoi ?

*Le chiffre qui change tout : 51,68 milliards de dollars*

Selon les documents exclusifs du Sommet obtenus par L'Economique, les investissements dans deux secteurs clés du Golfe vont exploser d'ici 2030, passant de 34,25 milliards en 2023 à 51,68 milliards.

- Banques et assurances : de 11,25 à 19,4 milliards de dollars (+72,4%)
- Construction et immobilier : de 23 à 32,28 milliards de dollars (+40,3%)

Ces 51,68 milliards, c'est exactement la liquidité que Londres et Paris se disputent. Et ce sont deux secteurs où Londres se pensait imbattable.

Le pipeline global annoncé par les organisateurs est de 28,59 milliards d'investissements européens à l'entrée à Paris, pour atteindre 50 milliards cumulés d'ici 2030.

*Pourquoi Londres perd du terrain en 2026 : trois handicaps structurels*

*a) Le Brexit a tué le passeport européen.* Une banque du Golfe qui s'installe à Londres n'a plus d'accès automatique aux 27 pays de l'UE. Installée à Paris, elle l'a.

*b) Londres n'a pas de narration ESG.* Selon le Sommet, 55% des 51,68 milliards devront respecter des critères ESG. Paris est devenue la capitale mondiale de la finance verte, avec l'AMF et le marché des obligations vertes. Londres reste perçue comme la ville du trading pétrolier.

*c) Londres est trop chère pour le nouveau modèle.* Le Sommet ne parle plus de "bâtiments" mais de "destinations" et de PropTech / FinTech. 25% des investissements iront vers la technologie. Paris aligne Station F, une Défense moins chère que la City et un vivier d'ingénieurs.

*Pourquoi Paris gagne : la stratégie des quatre produits exécutables*

Paris n'a pas gagné avec un discours. Elle a gagné avec une méthode.

Bader Al-Nofai, fondateur de B&S Investments, est clair : _"Notre mission à Paris est de garantir que les ambitions soient réalisées par des voies d'exécution à haute confiance avec des résultats mesurables dans 12 à 24 mois."_

Traduction pour la City : fini les MOU qui ne servent à rien. Londres est la capitale des MOU. Paris veut devenir la capitale de l'exécution.

Les quatre initiatives lancées au Palais des Congrès sont taillées sur mesure pour les champions français, ce que Londres ne peut pas offrir :

- *Eau associée :* Veolia, Suez
- *Villages dormants :* Accor et l'hôtellerie boutique
- *Tourisme maritime :* Chantiers de l'Atlantique, Beneteau
- *City Capital (métro) :* Alstom et son modèle de financement à la hongkongaise

Le choix du Palais des Congrès avec 40 salles de B2B plutôt que d'une salle de trading est un symbole : on ne veut pas une conférence de traders, on veut signer des deals.

*Alors, Paris va-t-elle battre Londres ? La distinction flux vs stock*

La réponse est nuancée : oui sur le flux futur, non sur le stock.

*Sur le stock, Londres reste imbattable.* 70% de la fortune du Golfe en Europe est encore gérée depuis Londres. Family offices, cabinets d'avocats, écoles privées. On ne déplace pas cela en deux ans. Londres traite 2.700 milliards de dollars par jour sur le change contre 100 milliards pour Paris. Même après le Brexit, 90% des banques américaines et du Golfe ont gardé leur QG à Londres.

*Sur le flux futur, Paris a déjà gagné.* Et c'est là que les 51,68 milliards comptent. Le flux futur, ce n'est pas le forex. C'est :

- La tokenisation des actifs immobiliers du Golfe
- La banque digitale islamique et les FinTechs
- La finance verte et les crédits carbone
- Les fonds d'infrastructure

Sur ces quatre flux, qui représentent les 51,68 milliards, Paris a pris l'avantage grâce à une feuille de route d'encerclement assumée :

- *2026 : Paris* - Pour la légitimité UE et ESG
- *2027-2029 : Espagne, Londres, Genève* - Londres pour rassurer la vieille finance, mais après Paris. Genève pour les family offices.
- *2030 : Riyad* - Pour clôturer et encaisser.

On commence par Paris pour donner le label européen, on passe par Londres pour ne pas brusquer, on finit à Riyad.

*Conclusion : Paris ne remplacera pas Londres, elle va la rendre partiellement obsolète*

Non, Paris ne deviendra pas la capitale bancaire mondiale avant 2035. Mais ce n'est plus la question.

Londres restera la capitale des vieilles banques : trading, forex, hedge funds.

Paris est en train de devenir la capitale des nouvelles banques que veut le Golfe : banques vertes, digitales, banques de projets. Le Golfe ne veut plus une banque qui trade le dollar à Londres. Il veut une banque qui finance une ville intelligente à NEOM en critères ESG et la transforme en token négociable à Paris. Sur ce nouveau jeu, Paris a trois ans d'avance.

Pendant trente ans, la route était : Golfe -> Londres -> Monde.
La nouvelle route dessinée à Paris est : Golfe -> Paris (pour le label UE/ESG) -> Tokenisation -> Monde.

Les 51,68 milliards ne sont que le début. À ce jeu-là, Paris 2026 vient de marquer le premier but.