De la « participation civique » à l’ingénierie de l’influence:
Quand la démocratie devient un outil d’infiltration
Ce que font les Frères musulmans en France n’est pas le plus dangereux lorsqu’ils construisent une mosquée ou dirigent une association. Le plus dangereux, c’est leur capacité à se présenter — progressivement — comme le représentant légitime et exclusif des musulmans de France.
À ce stade, l’organisation passe du statut de « courant au sein de la société » à celui de « porte d’entrée de la communauté » :
quiconque souhaite dialoguer avec les musulmans doit passer par elle ;
quiconque veut les défendre doit adopter son langage ;
quiconque cherche leurs voix électorales doit négocier avec elle.
C’est là que réside le danger fondamental: voir l’organisation se transformer, avec le temps, en levier de pression capable d’influencer la politique intérieure et extérieure d’un pays comme la France .
Dans ce contexte, la bataille ne se limite plus à la sécurité. La véritable confrontation devient alors :
Qui représente les musulmans ?
Qui parle en leur nom ?
Qui détient le droit de définir l’islam lui-même comme religion ?
C’est ce que le rapport appelle : la guerre de la représentation.
1) La guerre de la représentation: l’objectif premier
Le rapport estime que les Frères musulmans ont bâti leur stratégie d’infiltration sur une guerre des concepts et une guerre de la légitimité.
Une force politique n’a pas besoin d’une large base numérique pour triompher : il lui suffit d’arracher les leviers suivants :
▪︎ le droit de parler au nom du groupe
▪︎ le droit de définir le problème
▪︎ le droit de désigner la victime et le coupable
▪︎ le droit de fixer les limites du débat public
L’enjeu central devient alors :
comment transformer les Frères musulmans, d’une organisation, en référence, puis d’une référence en représentant officiel et exclusif.
2) L’intelligence stratégique des Frères : se poser en victimes et instrumentaliser les valeurs républicaines
Le rapport explique que les Frères musulmans s’appuient sur une stratégie à double niveau :
À l’intérieur de la communauté musulmane : présenter les milieux conservateurs comme des victimes constamment ciblées.
À l’extérieur de la communauté : neutraliser toute critique par un discours fondé sur les droits de l’homme, les valeurs républicaines et l’antiracisme — une forme assumée de dissimulation idéologique (taqiya).
Autrement dit, l’organisation adopte le langage même de l’État et utilise les valeurs de la République comme bouclier contre l’État.
Résultat — selon le rapport — l’opinion publique finit par confondre :
la lutte contre l’idéologie fréristeet le racisme envers les musulmans.
Celui qui combat l’extrémisme devient alors « accusé »,tandis que celui qui le propage se présente comme « victime .
3) « L’islamophobie »: l’arme politique la plus efficace
Le rapport considère le terme « islamophobie » comme un pilier central de cette stratégie, car il permet :
▪︎ de neutraliser toute critique
▪︎ de diaboliser l’adversaire
▪︎ d’interrompre le débat
▪︎ de présenter l’État comme oppresseur et l’organisation comme défenseur des droits.
Étrangement, n’est-ce pas exactement la méthode employée en Égypte pendant des décennies, jusqu’à ce que le projet soit dévoilé au grand jour lors de l’année de gouvernance de Mohamed Morsi, sous la direction du Guide suprême ?
Le problème n’est pas la lutte contre les discriminations réelles, mais l’instrumentalisation du terme comme des ciseaux politiques destinés à couper court à toute remise en question de l’organisation.
La bataille glisse alors de la lutte contre l’extrémisme vers une confrontation autour de la « morale publique » et de la « discrimination » — un terrain idéal pour les Frères musulmans.
4) Les organisations de façade : passerelles vers le champ politique
Le rapport souligne que les Frères musulmans n’agissent pas toujours sous leur nom, mais à travers des réseaux et des organisations à l’apparence civique, associative ou antiraciste.
Il cite notamment :
le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF)
le Parti des Indigènes de la République
Ces structures ne sont pas de simples associations : ce sont des plateformes de transfert idéologique, permettant de faire passer le discours frériste du cercle fermé vers l’espace public, puis vers les partis politiques et les médias.
Ainsi, l’organisation s’impose dans la sphère politique sans jamais afficher son identité réelle.
5) La fabrication d’un bloc électoral : le « citoyen » comme projet organisationnel
Le rapport aborde ici l’un des points les plus préoccupants :
les Frères musulmans ne considèrent pas le citoyen musulman comme un individu libre au sein de la République, mais comme une composante d’un bloc à mobiliser, encadrer et exploiter.
Le vote cesse alors d’être un acte individuel pour devenir un engagement collectif discipliné.
Le rapport cite l’exemple du prédicateur Hassan Iquioussen, qui présente la participation politique comme :
une nécessité sociale et même une obligation religieuse.
Il est rapporté que l’abstention est décrite comme un « suicide politique et social voire religieux ».
Les élections deviennent ainsi un outil de mobilisation, non un espace de liberté.
6) L’infiltration douce des institutions : l’école comme modèle
Le rapport confirme que l’organisation ne se contente pas de façonner l’opinion, mais encourage ses membres à infiltrer les institutions par des voies apparemment normales :
associations de parents d’élèves
instances de gestion scolaire
milieux étudiants alliances syndicales universitaires.
Ces actions ne sont pas anecdotiques : elles constituent les maillons d’une même chaîne, qui débute à l’école, s’étend à l’université, puis gagne le marché du travail et la politique.
7) Le double discours : visage civil et discours mobilisateur
Les Frères musulmans maîtrisent parfaitement la logique du discours à deux faces :
▪︎ un discours externe, rationnel, modéré et civil
▪︎un discours interne, identitaire, mobilisateur et fondé sur le sentiment de persécution
Ils gagnent ainsi sur les deux tableaux :
la sympathie des institutions, des ONG et des médias tout en conservant une mobilisation interne garantissant leur contrôle.
Le danger réside précisément dans cette ambivalence : ouverts face à l’État, combattifs face à leur base.
8) Objectif de la guerre politique : paralyser la critique et intimider les opposants
Le rapport estime que l’élargissement de l’influence politique ne passe pas uniquement par les urnes, mais aussi par :
▪︎ la réduction au silence des contradicteurs
▪︎ l’intimidation des critiques
▪︎ la diffamation des opposants
▪︎ la pression via les tribunes médiatiques et juridiques
Ainsi, la « légitimité démocratique » devient un instrument de fermeture de la démocratie elle-même.
L’État se retrouve piégé :
s’il agit fermement, il est accusé de racisme ;
s’il recule, l’organisation s’étend davantage.
9) Transformer la laïcité en champ de bataille
Le rapport place la laïcité au cœur du conflit, car les Frères musulmans cherchent à la présenter comme :
▪︎ une ennemie de la religion
▪︎un outil de répression contre les musulmans
Or, la laïcité française repose sur la neutralité de l’État, l’égalité entre les religions et la protection de l’espace public contre toute domination confessionnelle.
Mais l’organisation pousse vers une laïcité sélective :
reconnaissance absolue des symboles islamiques
affaiblissement simultané de la laïcité comme valeur commune
Le résultat n’est pas la liberté religieuse, mais un conflit permanent qui épuise l’État et offre à l’organisation un terrain d’expansion continu.
Conclusion
Ce que décrit le rapport n’est pas une ingérence politique brutale, mais une construction progressive, allant :
du concept, à l’association, aux médias, aux institutions, aux élections puis à la représentation.
La France devient ainsi, selon les auteurs du rapport, le théâtre d’un affrontement d’influence à long terme, où l’action politique des Frères musulmans constitue l’aboutissement logique de décennies d’investissement dans l’éducation, le social et le financement.
Les Frères musulmans n’affrontent pas l’État par les armes, mais par la représentation, le langage, la légitimité et la pression douce exercée au cœur même de la démocratie.
Ils transforment les valeurs républicaines en outils de défense d’un projet qui les contredit et en mine les fondements.
Paris- 17 heures, heur du Caire.